mardi 10 mars 2015

Syriza existe en France ; c'est le FN.



Rappelez-vous, fin Janvier 2015, toute la classe médiatique se réjouissait de la victoire de Syriza aux élections législatives Grecques. Enfin les journalistes pouvaient exulter devant la victoire d'un parti de gauche, de cette belle gauche qu'ils aiment tant. Enfin une formation politique qui répond à leurs canons politiques, représentant le peuple, remplaçant la vieille oligarchie en place, luttant contre l'austérité, bien évidemment et surtout anti-libérale et anti-capitaliste, bref de la vraie gauche. Le monde journalistique de notre nation hexagonale y retrouve l'expression politique des Indignés et des Occupy Wall Street d'antan qui étaient à leurs yeux la quintessence de la révolte politique, mais qui s'expriment maintenant par les urnes.

Et, à l'image d'un Melenchon, beaucoup de représentants de cette classe médiatique peine à dissimuler leur envie de voir éclore  un printemps socialiste en Europe, avec une victoire de Podémos en Espagne, qui sera le point de départ d'un feu d'artifice socialiste, balayant les populismes d’extrême droites, soumettant la finance internationale et reprenant le contrôle d'une Europe aux mains des idéologues ultra-libérales.

Mais soyons plus réaliste. Ce fantasme Melenchonien va se briser sec, comme à la présidentielle de 2012 où l'on aurait, parait-il, entendu le peuple gronder avec le front de gauche pour ne devenir au final qu'un vague murmure sans lendemain. On en voit d'ailleurs les contours se dessiner pour les départementales de mars 2015  ; la gauche va se faire laminer.

 Mais les forces qui ont mené Syriza à la victoire électorale, cette dynamique sociale qui a conduit ce parti au pouvoir est intacte et même vivante comme jamais en France. Les commentateurs politiques ont raisons, ils risquent d'y avoir du changement.

Mais ce changement prendra un autre visage. Il aura celui de l'extreme-droite ; du FN.

Car la victoire de Syriza n'est pas celle de la gauche, mais celle du populisme, et  plus largement celle de la social-démocratie.
Cette arrivée au pouvoir de Siriza n'est pas la preuve d'un quelconque changement : c'est même l'exacte opposé. C'est la poursuite de ce qui a toujours existé ; c'est d'un conservatisme consternant.

La social-démocratie n'a pas cessé d'enfanter des partis qui révolutionneraient la politique et donneraient un nouvel espoir au peuple. Que ce soit le Front Populaire, le fascisme Italien, le Nazisme, mais aussi le Gaullisme, l'arrivée des socialistes en 81, Sarkozy avec sa rupture, Hollande avec son changement.

 Le changement : ils n'ont que ce mot à la bouche.

Mais toute la structure de nos États-providences social-démocrates rende ce changement inopérant.

 Il est vrai qu'il y a parmi le peuple, de ceux d'en bas, un désir légitime de remplacer son élite, quand celle-ci brille par son incompétence. C'est une constante à toutes les époques de l'histoire. Par le passé, au temps des monarchies, le peuple se fédérait et se rebellait, obligeant le pouvoir en place à se reformer. Mais aujourd'hui, par le biais du processus électoral, où l'on propose de changer ceux qui gouverne par d'autres soit-disant issus du peuple et supposés le représenter, cette résistance à l'oppression s'est érodée considérablement. Chaque citoyen ne se rebelle plus, mais au contraire patiente sagement jusqu'à la prochaine élection pour mettre son candidat au pouvoir. Candidat souvent issu des mêmes milieux que le précédent.

La reforme, le changement tant attendu, tarde alors à venir. Par contre l'administration, celle qui fait les rouages du système actuel reste inchangée, et elle s'étend inexorablement. Le peuple en constate les dégâts et conspue ces élites, s'indigne de leur manque d'intégrité, mais ne fait qu'attendre la prochaine élection dans l'espoir vain du changement. Il est même divisé en parti politique. Il ne représente plus une menace pour le pouvoir.

Toutefois au bout d'un certain temps les fausses alternances ne trompent plus personne et peuvent conduire à de véritables soubresauts révolutionnaires. Il devient nécessaire, pour le système en place, qu'un nouveau parti émerge en  incarnant la rupture et le changement. Il sera celui le plus en accord avec le Zeitgeist, l'esprit de notre époque, le plus fashion en sorte.

Car la social-démocratie, en plus d'amoindrir les défenses du peuple,  pervertit sa morale et son éthique. Il n'est plus question d'une vérité, d'un seul ordre moral, de principes éthiques universels, immanents, que nul ne peut contester. Puisque la démocratie représente le peuple, et qu'il doit y avoir alternance des pouvoirs, il y a alors alternance des idées, de la morale, de l'éthique, et de la vérité.

Bienvenu dans le relativisme.

Le peuple devient frivole et change d'idées comme de chemises. Et c'est au parti qui adhérera aux mieux à cet esprit du temps qui l'emportera. C'est d'ailleurs une gageure.  Ainsi populaire, porté par son époque et devenant irrésistiblement majoritaire, il attirera l'attention des élites actuelles, de tous types, et qui petit à petit se joindront à sa cause. La veille on conspuait ce parti, demain on l'adulera.

Arrivé au pouvoir, il y aura certes des modifications à la marge, des têtes seront coupées, des noms seront changés, on tentera quelques innovations,  quelques améliorations se feront sentir, mais l'essence  de ce qui fonde le pouvoir sera intact.

 Et comme ce Zeitgeist, cet esprit du temps, diffère selon les pays, comme en Europe, les partis dits populistes varient de tonalité selon leur nationalité, allant de l’extrême gauche à l’extrême droite. Chaque pays produira sa ou ses variétés locales.

C'est Syriza en Gréce, peut-être UKIP en Grande-Bretagne, Podémos en Espagne, et le FN en France.

Mais pas d'inquiétude, tous ce manège n'est qu'un vaste rideau de fumé. A ceux qui craignent cette grande vague de changement qui s'annonce dans notre Europe meurtrie par la crise et redoutent en conséquence de grands drames à venir ; je les enjoint à méditer  la célèbre réplique du Guépard de Visconti :

« Si nous voulons que tout reste pareil, il faut que tout change»