mercredi 28 août 2013

Ces vieux qui coûtent cher

 


Lors de ce énième débat sur nos retraites, qui rythme désormais le spectacle social-démocratique comme une série avec ses saisons, certain ont raisons comme Jean-Claude Mailly de s'indigner quand on considére l'allongement de la vie comme un problème.

En effet on ne peut que se réjouir que les gens vivent plus longtemps, et en meilleur santé, et n'étant pas certain de ce qui se cache dans l'au-delà, je préfère m'en tenir à mon existence terrestre le plus longtemps possible, même si elle est semée de vicissitudes et de déceptions à répétitions. 

Mais cet allongement de la vie est problématique pour notre système de retraite collectivisé et par répartition, et je précise bien pour ce système-là, et uniquement celui-ci. En effet la retraite se faisant plus longue, les actifs (termes élogieux pour désignés ceux qui doivent payer pour ceux qui ne travaillent plus) se voient contraints de supporter une charge toujours plus grandissante de retraités ; problème aggravé quand il y a en prime une inversion de la pyramide des âges (le problème se poserait aussi sans cette inversion).

Alors ce qui est un progrés indéniable devient soudainement une source d'inquiétude ; le vieux coûte cher (et en plus il est passif à la différence de l'actif).

Et ce fardeau nous appauvrit ; du coup les gens sont mécontents. Et il n'est pas rare que j'entende, ci et là, certains se demander s'il est nécessaire de vivre si longtemps, et surtout pour finir en ces tissus de souffrances ridés qui se débattent stérilement dans leur lit.

Évidemment toutes ces belles âmes n'iraient jamais jusqu'à les euthanasier ces pauvres vieux. Mais après tout, rien que d'en évoquer l'idée inspirerait des plus radicaux qui pour sauver notre belle société collectiviste se dévoueraient pour la bonne cause.

Mais le cœur du problème réside dans cette affirmation que le vieux à un coût, ou du moins que les retraites deviennent un fardeau. C'est s'imaginer que nous sommes face à une impasse, à un problème insoluble, à un effet secondaire de notre société actuelle et c'est surtout ne pas comprendnre pourquoi les gens vivent si longtemps, et encore moins pourquoi la retraite par répartition est condamnée à disparaître.

Si l'on vit plus longtemps, ce n'est pas le fruit du hasard, mais de l'accumulation du capital. Une accumulation de capitaux qui s'est faite génération après génération, étape par étape, progressivement, laborieusement, améliorant notre productivité, libérant du temps pour nos loisirs, nous assurant des plages de repos et augmentant notre espérance de vie. Dans une société où l'on produit en une journée de quoi se nourrir un jour, et uniquement un jour, il n'y a nul temps libre, mais seulement une vie marquée du sceau de la précarité et de la brièveté. Si l'on a permis à des gens de vivre leur dernier jour sans travailler, ou d'avoir simplement des loisirs, ou mieux encore des vacances, du temps libre en somme, c'est que l'on était en mesure de produire de quoi nourrir eux et nous à la fois et le même jour, en leur épargnant ce labeur. Il ne peut en être autrement.

Cette accumulation de capitaux a permis tous les progrès de la science dont nous bénéficions aujourd'hui. Et c'est toujours cette accumulation de capitaux qui a permis cette géniale invention qu'est la retraite par capitalisation.

Mais pour accumuler du capital, il faut être dans une société où l'on produit plus que ce que l'on consomme. Sans cela il n'y a aucun espoir d'améliorer nos conditions de vie. C'est sans appel.

Et il s’avère que nos sociétés sont gangrénées par des institutions qui détruisent plus de richesses  qu'elles n'en produisent, et qui inéluctablement, pour subsister, se financent sur la richesse des autres, comme des parasites. Cependant tant que leurs destructions n’excédaient pas ce que nous pouvions épargner en capitaux : le progrès était encore possible. Mais quand vint le jour où ces institutions détruisaient plus  que ce que nous produisions, alors en lieu et place de nous réformer, nous nous sommes endettés. Nous avons reporter les conséquences néfastes de ce processus de destruction sur les générations suivantes.

Et le jour viendra où les générations suivantes seront actuelles, et elles devront régler les comptes légués par leur parent. Ce qui sera impossible. Car ces institutions auront œuvré encore, et la destruction sera telle que le solde ne pourra être réglé par manque de moyens.

L'ironie est que parmi ces institutions, il y a celle en charge de nos retraites !

 Alors que la retraite par capitalisation permet non seulement de finir ses jours sans travailler mais aussi d’œuvrer à l'amélioration de nos conditions de vie en générale par les capitaux qu'elle rend disponible, la retraite par répartition, au contraire, rend impossible le financement des retraites, mais aussi par son coût engendre des dégâts dans tous les autres domaines de la société.

Mais si nous en sommes arrivés là, c'est que nous sommes les victimes d'une intoxication massive nous faisant croire que la retraite, mais aussi la santé ou l'éducation ne sont pas soumis aux mêmes lois que les industries dites classiques. Ils ne peuvent que consommer du capital et ne sont producteurs d'aucune richesse. Ce qui est paradoxal pour être supposés nous protéger du besoin.

 Alors que par le développement de ce couple capital/productivité nous avons rendu disponibles nourritures, habits, ordinateurs, logements et j'en passe en abondance, sans que cela soit aux détriments de qui que ce soit, mais en étant un plus pour la société, un bienfait, un gain et non un coût. Pour la retraite, en ne prenant qu'elle, ce ne serait pas envisageable, impossible, utopique. Cette même retraite qui, si l'on suit consciencieusement les règles économiques les plus simples, ne peut être rendu possible que par l'amélioration de notre productivité. 

Voilà le plus grand enfumage de notre époque.

Il n'y a aucune raison que la retraite, l'éducation ou la santé ne deviennent pas un gain pour la société, une contribution à l'amélioration de notre vie, comme le sont les autres biens et services, et cela par l'accumulation de capitaux.

Mais trop soucieux de conserver leurs privilèges, ou bien victimes de leurs propres croyances ( ce qui est pire), beaucoup refusent de revenir sur les fondations d'un système, comme la retraite par répartition, qui ne peut qu'inéluctablement  emporter la société dans les abimes de la faillite.

Alors on préfère voir la vieillesse, qui devrait nous réjouir, comme un fardeau, un malheur, un coût.

Et cela promet des lendemains qui vont chanter joyeusement.










2 commentaires:

  1. Attention, le problème ne vient pas seulement de la répartition. La capitalisation pose des problèmes si elle est mal définie, c'est à dire si elle est définie avec des critères de répartition.

    Par exemple, si la retraite par capitalisation prévoit que la rente d'un retraité sera définie en fonction de son dernier salaire, on a le même problème qu'avec la répartition. Il faut absolument que le montant de la pension de retraite soit fonction uniquement du montant total capitalisé, augmenté des intérêts. Sinon, le système ne peut pas tenir. Non plus.

    C'est ce qui se passe en Suisse, avec le passage des fondations de prévoyance (le deuxième pilier, par capitalisation) du mode "prestations définies" au mode "cotisations définies".

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  2. Pour ma part un système de retraite ne doit pas être obligatoire, le salarié ou l'indépendant peut faire ce qu'il veut de son argent, il peut le placer dans une "assurance retraite", ou bien dans de l'immobilier, ou bien dans un système par répartition, ou bien le dépenser intégralement sans se préoccuper de ses vieux jours ; peu importe du moment que l'on soit libre.

    Merci de votre commentaire.

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