dimanche 14 juillet 2013

La révolution Egyptienne ; le crépuscule des social-démocraties















Le coup d’État en Égypte serait la preuve patente que l'idéal démocratique n'a pas su se transcrire concrètement dans le sillage du Printemps Arabe. La route serait encore longue avant que les démocraties s'imposent dans les 19 pays Arabes. 

Cette interprétation des faits est la thèse officielle qui est véhiculée par les médias mainstreams ; c'est celle qui est politiquement correcte. En fait nous n'avons pas assisté à un échec de l'application de cet idéal, mais à l'échec, tout court, de cet idéal : à l'impossibilité de sa réalisation dans le monde réel. 

La démocratie,et son corollaire la social-démocratie, n'est pas un système d'organisation viable de la société.
Au début du printemps Arabe, il y a deux ans à peine, les question économiques, les motivations matérielles, les vrais raisons qui ont poussé les gens à se révolter, n'ont jamais été analysées sérieusement ou très rarement. Au mieux on en a mentionné les conséquences, de façon presque anecdotique, évoquant brièvement l'inflation galopante, les pénuries chroniques, la corruption endémique ou les entraves illégitimes aux travail, sans jamais toutefois en expliquer la cause profonde.

C'est qu'il fallait faire coller cette actualité brûlante à l'idéologie dominante, qui est considérée comme notre seul horizon, celle de la social-démocratie : ces peuples se sont soulevés en masse parce que leur souveraineté était bafouée par d'infâmes dictatures et que cette carence démocratique, insupportable et anachronique , devait être comblée, sans quoi aucune amélioration de leur condition de vie n'était envisageable. 

  «Désormais personne ne peut douter que ce que veut le peuple Arabe, est un gouvernement constitutionnel élu» a déclaré Paul Salem du Beirut’s Carnegie Centre, un think-tank du moyen-orient.

Et on peut supposer que cette affirmation est proche de la vérité : beaucoup de ceux qui ont protesté, et avec courage, comme ces Égyptiens place Tahrir, ont eut des revendications démocratiques, espérant que leurs réalisations mettraient un terme aux maux endémiques qui rongeaient leur pays.

Mais parfois le diagnostic peut être faux. On croit soigner le mal avec le mauvais remède, et parfois même on l'aggrave.

Ce qui a provoqué véritablement les révolutions arabes, et en particulier celle Égyptienne, n'est pas un manque de démocratie, mais des politiques économiques clairement d'inspirations socialistes qui ont mené tous ces pays à la ruine. Ce à quoi nous assistons est l’équivalent d'une réédition de la chute du mur de Berlin ; d'une nouvelle faillite du socialisme. 

Ce que l'on sait peu, est que tous ces pays, l'Egypte en tête sous l'égide de Nasser, ont été dans les années 50 et 60 marqués par le socialisme arabe, idéologie qui s'est concrétisée, sans surprise, par des nationalisations nombreuses (banques et entreprises), des participations importantes et forcées de l’État dans le capital des entreprises, des reformes agraires, un contrôle des prix, des changes et de la circulation des capitaux, avec la promesse d'une santé et d'une éducation gratuite et de l'abolition de la pauvreté. A l'image de ce qui se pratiquait dans nos sociales-démocraties d'Europe de l'Ouest, où l’État a pris une part de plus en plus importante dans l’économie, la saveur orientale en moins. Par contre, ce qui en effet distinguait ces pays de ceux occidentaux, était une faible alternance au sommet du pouvoir, une justice partiale et une liberté d'expression quasi-inexistante.
C'est cela qui choquait nos belles âmes occidentales, non pas les nationalisations, ni le contrôle des prix et encore moins la redistribution, mais que ces politiques ne se fassent pas dans un cadre démocratique, dans le respect de la souveraineté populaire, comme en Europe de l'ouest. 

On nous a aussi fait croire que ces pays furent les victimes, dans les années 90, de cette tempête ultra et néo-libérale qui ont secoué nos paisibles nations. Il y eut certes des levées de restrictions, sur les prix et les mouvements des capitaux et quelques privatisations, mais on compte tout de même au début des années 2000 le double de gens qui travaillent pour l’État que dans les pays occidentaux - ainsi que le double de chômage - et des subventions massives pour l’accès à la nourriture et à l'essence. Le cœur, l'âme de la structure économique restait socialiste (comme sous nos latitudes). Ce qui se traduit concrètement par des monopoles qui ne profitent qu'à une élite aux détriments du plus grand nombre, dont on essaye de calmer les appétits révolutionnaires par des politiques de redistributions aussi coûteuses qu'inefficaces. 

Mais il suffit d'une tension dans le monde, une crise financière aux dimensions apocalyptiques  que l'on tente de juguler à tort avec une émission massive de crédits bon marché, provoquant une envolé des matières premières -les céréales entre autres dont l’Égypte est grande importatrice- pour que cet équilibre, instable par nature, se rompe brutalement et que les gens aillent dans la rue. A cela vous ajoutez la frustration légitime d'être exclu d'une élite, qui par des prérogatives qu'elle s'octroie de force, profite à elle seul du peu de croissance économique, et les ingrédient sont réunis pour une révolution. En 2008 Moubarak fut chassé, maintenant c'est au tour de Morsi deux ans plus tard pour des raisons quasi-identiques, le rigorisme islamique en plus.

Mais voilà dans le deuxième cas, l’Égypte était devenu un pays en processus de démocratisation ; ce qui eut du mettre un terme aux problèmes fondamentaux, apaiser les colères et légitimer le pouvoir. En notre époque de progrès sans discontinuité, la démocratie est la panacée à tous nos problèmes. Au final, Morsi a été renversé, comme dans un vulgaire coup d’État, par l'armée, qui ne fit que répondre, tout démocratiquement et non sans ironie, aux aspirations du peuple en colère. Pourquoi s'en plaindre ? le peuple a été entendu ( à part sa faction non négligeable qui supportait le président déchu).

Le problème est que la racine du mal, le socialisme, ne fut point arrachée lors de la première révolution. Au contraire si on se réfère à la nouvelle constitution établie par l'ex-nouveau pouvoir, celle-ci en était imprégné, et à double dose, sans émouvoir personne. Par contre, comme toujours, ce qui fit scandale fut l'application de la Sharia, vécue comme une atteinte aux principes démocratiques. 

Il n'était alors pas question de mettre un terme au pillage Étatique ; avec un tel programme les injustices et les privilèges persisteraient et la pauvreté ne cesserait pas. Le pouvoir, que l'on appelle socialisme, et les privilèges qui lui sont associés ne feraient que changer de main, par le processus démocratique ; il y aurait toujours ceux qui en bénéficieraient et ceux qui en paieraient le prix.

Et on ne peut éviter cela -l'oppression des uns sur les autres- en prétendant donner le pouvoir au peuple, comme le proclamait Melenchon. Ce concept est en soit une contradiction dans ses propres termes. Le peuple ne peut pas se soumettre à lui-même. L'exercice du pouvoir, implicitement, nécessite la présence d'un exploiteur (celui qui détient le pouvoir) et d'un exploité (celui qui subit le pouvoir).  Si l'on ne remet pas en cause l'existence même de ce pouvoir lors d'une révolution, on assiste le plus souvent à une simple inversion des rôles. L'exploité se révolte et prend la place de l'exploiteur qui devient à son tour exploité. Et rien ne change, les privilèges eux restent intacts.

Et cela ne modifie en rien la donne, si l'on exige une plus juste répartition des charges, une démocratisation des injustices en sorte. Ce serait aussi ridicule que de résoudre l’agression de A qui frappe deux fois B, en demandant A de ne frapper B qu'une fois, et à B désormais, par souci d'équité, de frapper une fois A. L'agression et son caractère ontologiquement néfaste persiste.

De plus dans cette valse des dirigeants à laquelle on assiste en Égypte, certains acteurs voient leurs positions inchangées,  quasi immuables, permanentes, au nez et à la barbe de tous, comme les spectateurs privilégiés de cet arène où s'affronte les différents partis pour le pouvoir. Et cette élite se contente de faire sauter des fusibles, les présidents dans ce cas précis, à l'image des empereurs romains qui étaient régulièrement destitués, pour faire diversion et apaiser le  peuple déchaîné.  A l'époque romaine c'était les légions qui tiraient les ficelles ; dans l’Égypte d'aujourd'hui c'est l'armée. Et celle-ci justement ne tient pas à céder un pouce de ses privilèges qu'elle s'est constituée. 

Elle ne se contente pas de jouer uniquement un rôle militaire, elle est pleinement impliquée dans l'économie, en vendant des produits de consommations (huiles d'olive, pâtes, poissons, poulets, sucre, casseroles, poêles et même des télés LCD !), en détenant des entreprises avec des monopoles et en ayant une position dominante dans le marché immobilier. Et cela dans une ambiance d'opacité généralisée, de corruption endémique, où l'on imagine bien le tact qu'il faut déployer pour traiter avec cette entité martiale susceptible et jalouse de ses prérogatives. Elle est au cœur de la politique socialiste du pays qui le ronge.

Et le pire est que cette armée jouit d'une grande popularité au sein de la population. 

Si vous voyez une ressemblance avec notre énarchie, dont les membres restent aux manettes de notre pays, en collusion directe avec les même familles héritières et fortunées de notre pays, quelle que soit la majorité. Ne soyez pas surpris, ce n'est pas une coïncidence.

Des gens qui manifestent pour prendre la place de ceux qui les oppressent, tout en renforçant les privilèges qui causent le mal de leur pays et en adulant ceux qui les exploitent. On ne peut être que saisi de vertige.


Et c'est dans ce contexte que l'on comprend aisément, le rôle que joue l'idéologie dans une révolution. L'idéologie, aujourd'hui, celle de la démocratie, en rien ne met un terme aux injustices qui ont motivé les Égyptiens à manifester si massivement. Au contraire, elle ne fait que les aggraver. La démocratie détourne l'attention des gens des vrais problèmes les leurrant dans l'illusion de l'alternance et d'une meilleur représentation de la volonté du peuple (un concept vain issu de la mystique de notre temps) , et elle encourage par le biais de la distribution, à vivre aux dépends des autres, en renforçant les politiques socialistes, immanquablement destructrices.


La révolution Américaine, et celle Française dans une moindre mesure, alors qu'elles avaient des motivations aussi économiques, étaient portées par une idéologie radicalement différente. Il était moins question d'une meilleur représentativité du peuple que d'une abolition des privilèges. Le «laissez-faire» exigez l'abrogation du pouvoir, ou au mieux son encadrement strict, quelle que soit la forme qu'il pouvait prendre. Et l'objectif ultime fut la recherche de la liberté en brisant les monopoles et les réglementations iniques et illégitimes, en abolissant  les impôts (ou en les réduisant considérablement), les privilèges et en instaurant un marché libre. 


Rien à voir avec ce que l'on voit en Egypte. Aucun parti  n'est adepte du laissez-faire, et la nouvelle constitution le prouve clairement : planification de l'économie, protectionnisme, nationalisation des ressources naturelles, droit à l'éducation, système de retraite par répartition obligatoire, partage des profits etc... Le bon vieux socialisme de grand-mère à la mode Sharia. Un remake du socialisme arabe, du socialisme slave, du socialisme sud-américain, du socialisme oriental et du socialisme occidental.

Et on se désespère du chaos qui sévit en Egypte. On peste, intérieurement, contre ce monde Arabe qui ne veux pas comprendre ce qu'il aurait a gagner en embrassant le rêve démocrate. On ne comprend pas pourquoi il ne suit pas cette route tracée par nos illustres ancestres. C'est que nous, nous pouvons nous payer cette frivolité, ce rêve pernicieux, cette démocratie en retardant l'échéance par de l'endettement massif. 

Alors que l’Égypte, n'a pas ce luxe. Elle en paie le prix tout de suite, sans délai, et nous offre, le spectacle, en grandeur nature, de l'échec de l'utopie démocratique.














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