lundi 29 juillet 2013

Est-ce que le libéral est un conservateur ?




 «A l'école française "des libéraux conservateurs"» titrait un article du  journal Le Monde, se faisant l'écho de séminaires donnés par des représentants des deux tendances politiques ; d'un côté celle dite libérale et axant surtout son discours sur l'économie et de l'autre côté celle dite conservatrice, chrétienne en majorité, qui a gagné récemment en force depuis les événements de la Manif pour tous.

Les rencontres entre les deux camps ne sont pas rares. Dans d'autres pays on parle souvent de parti liberal-conservateur, ou d'alliance entre libéraux et conservateurs, comme s'il y avait un proximité idéologique systématique, un fil ténu et invisible qui relierait les deux camps, permettant des  alliances occasionnelles . Chose qui est rare, exceptionnelle, et presque contre nature, entre libéraux et socialistes.

Toutefois certains libéraux craignent cette association, de peur d'un amalgame qui ternirait leur image et le message qu'ils essayent de diffuser. C'est qu'il ne faut pas oublier que le conservatisme n'a jamais eu la faveur des médias et des intellectuels, trop souvent orientés à gauche. L'hostilité à leur encontre n'est pas rare. Le conservatisme ; c'est le passéisme et le refus du progrès. Le terme en lui même n'est pas engageant. Qui veut passer pour quelqu'un qui s'arc-boute obstinément sur des principes archaïques ?

Mais si être conservateur, c'est considérer qu'il y ait des principes sur lesquels on ne peut pas revenir, comme les droits naturels, qui sont inaliénables et que l'on se doit de les «conserver» intacts coût-que-coût ; le libéral indéniablement est un conservateur.

Si être conservateur, c'est au contraire préserver des privilèges, des situations de rentes, de conserver le  statu-quo au détriment de ces mêmes droits naturels ; le libéral, en toute honnêteté, ne peut pas se revendiquer de ce courant politique.

A l'inverse, il adoptera un discours radical, exigeant l'abolition de ces injustices, qui le feront passer pour un agitateur d’extrême-gauche qu'un représentant de la droite dite conservatrice.

D'ailleurs dans ces distinctions sémantiques la gauche n'est pas en reste. Quand celle-ci parle de droits acquis, opposables, sur lesquels on ne peut pas revenir, n'adopte t-elle pas un discours conservateur ou libéral ?

Finalement, les droits naturels, ne sont-ils pas acquis et définitifs, surtout quand ils sont mis en applications ? N'est-ce pas un progrès que de les conquérir et de les conserver ?
Mais si ces droit acquis ne sont rien d'autres que des privilèges déguisés, cette gauche progressiste ne se contente-t-elle pas de défendre le statu-quo à l'image de certains conservateurs ? Elle n'en est rien moins qu'une élite qui défend ses rentes de situations aux dépends des autres.

Le libéral est aussi bien un conservateur obtus qu'un agitateur révolutionnaire, du moment qu'il a en vu la défense des droits de propriétés privés.

Mais alors pourquoi assiste-t-on le plus souvent à des rapprochements entre libéraux et conservateurs, souvent ceux d'obédiences catholiques pour ces derniers, que entre libéraux et socialistes ?

C'est qu'il y a une distinction entre socialiste et conservateur, un fossé idéologique qui rend très difficile cette alliance entre les libéraux et la gauche. C'est le rapport à la notion de Vérité.

«Il y a une fragilité constitutive du mensonge, une force intrinsèque à la vérité» déclarait Michel De Jaegher, vice-président de Renaissance Catholique, défenseur de la Manif pour tous et auteur de la Democratie peut-elle devenir Totalitaire ? Quelqu'un que l'on classerait comme conservateur à coup sûr.

Un libéral peut être en désaccord avec les revendications de la Manif pour tous, mais il ne peut être qu'en accord avec cette assertion de De Jaegher sur la force intrinsèque de la vérité. Car le libéral place la vérité comme valeur suprême. La seule question qui émerge dans son débat avec le conservateur est celle-ci ; quelle est-elle cette vérité  ?

D'ailleurs, c'est cet amour inconditionnel de la vérité qui a toujours poussé les libéraux à affiner leur théorie politique, à revoir certaines conceptions et à explorer de nouveaux champs d'applications. Et c'est cette sacralisation de la vérité qui permet le débat, de reconnaître les erreurs et d'évoluer.

Ainsi il est possible au conservateur et au libéral de se rencontrer et de dialoguer, de se mettre d'accord sur l'existence de principes qui sont vrais, donc inaltérables, de déterminer, ou plutôt de découvrir un ordre naturel assurant le bon fonctionnement des sociétés. Il suffit juste de déterminer sa nature ; ce qui n'est pas une mince affaire.

Le problème avec l'homme de gauche est qu'il est souvent, et aux mieux partiellement, empreint de l'idéologie relativiste, qui affirme avec la force d'une vérité qu'il n'y a pas de vérité. Cette contradiction interne, la vérité qu'il y en a pas, est déjà en soi troublante, mais surtout sert d'arme pour détruire les affirmations de son adversaire.

Quand le libéral ou le conservateur évoque une réalité, une loi naturelle, un principe vrai et irréfutable, et que cela détruit l'argumentaire de l'homme de gauche. Ce dernier n'hésitera pas à brandir ce joker relativiste, avec une conviction inébranlable et absolue, affirmant que ce n'est pas convenable ni sérieux d'évoquer ces arguments avec une telle certitude ; puisqu'il n'y pas de vérité. Et si l'on pointe cette contradiction dans son raisonnement, affirmer la vérité qu'il y en a pas, alors il vous accusera de jouer sur les mots et de faire de la rhétorique.

D'ailleurs il s'appuiera sur la philosophie dite moderne ,qui a donné lieu à des verbiages impressionnants, comme l'hermeneutisme moderne ou le deconstructivisme, tentant de justifier aux travers de réflexions alambiquées et confuses le relativisme comme dogme suprême de notre ère, sans pour autant passer pour un dogme absolutiste.....

Bref, il n'aura jamais tort, car en toutes circonstances il usera de cette tactique pour ne pas perdre la face. C'est un manque patent d'humilité et rend impossible toutes formes de discussions et de rapprochements.

On pourrait croire que c'est le libéral qui est arrogant en affirmant des vérités, mais c'est l'exact opposé. Reconnaître la vérité, la notion du vraie, c'est reconnaître à la réalité un ordre contre lequel on ne peut s'affranchir. C'est reconnaître sa propre faillibilité et l'impossibilité de faire plier le monde à ses propres caprices. C'est in fine  au fil d'un long raisonnement admettre l'existence d'une justice et de droits inaliénables à tous les individus. Le juste est vrai.

A l'inverse, le totalitarisme, et en particulier celui pernicieux des social-démocraties, s'est toujours accommodé du relativisme, car il lui laisse le champ libre de pouvoir agir sans contrainte, comme il veut, sans se soucier d'être en cohérence avec ses actes passés remettant en cause tout principe à l'aune du pragmatisme.

Le problème est que cette idéologie de l'anti-idéologie, comme le dirait Ayn Rand, a conquis aussi la droite, et particulièrement en France. Sous le masque du pragmatisme, la droite Française a évacué toute possibilité de défendre des principes inaltérables et tenus pour vrais, non seulement chassant les libéraux de ses terres, mais aussi nombres de conservateurs. C'est pourquoi aujourd'hui la droite ressemble tant à la gauche.

Et d'ailleurs c'est la raison pour laquelle beaucoup se plaignent, y compris les intellectuels relativistes, du manque de cap dans les programmes politiques, de leurs absences de vision qui transcenderait les clivages. En somme, de ne pas avoir une idéologie cohérente et vraie...avec l'interdiction absolue de s'affirmer comme une idéologie.

Et il n'est pas étonnant qu'aujourd'hui dans cette atmosphère schizophrène qui cultive les paradoxes et les incohérences, les derniers tenants de ceux qui considèrent la vérité comme valeur suprême préfèrent se rassembler entre eux, et cela malgré leurs divergences d'opinions sur de nombreux sujets. 

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