lundi 29 juillet 2013

Est-ce que le libéral est un conservateur ?




 «A l'école française "des libéraux conservateurs"» titrait un article du  journal Le Monde, se faisant l'écho de séminaires donnés par des représentants des deux tendances politiques ; d'un côté celle dite libérale et axant surtout son discours sur l'économie et de l'autre côté celle dite conservatrice, chrétienne en majorité, qui a gagné récemment en force depuis les événements de la Manif pour tous.

Les rencontres entre les deux camps ne sont pas rares. Dans d'autres pays on parle souvent de parti liberal-conservateur, ou d'alliance entre libéraux et conservateurs, comme s'il y avait un proximité idéologique systématique, un fil ténu et invisible qui relierait les deux camps, permettant des  alliances occasionnelles . Chose qui est rare, exceptionnelle, et presque contre nature, entre libéraux et socialistes.

Toutefois certains libéraux craignent cette association, de peur d'un amalgame qui ternirait leur image et le message qu'ils essayent de diffuser. C'est qu'il ne faut pas oublier que le conservatisme n'a jamais eu la faveur des médias et des intellectuels, trop souvent orientés à gauche. L'hostilité à leur encontre n'est pas rare. Le conservatisme ; c'est le passéisme et le refus du progrès. Le terme en lui même n'est pas engageant. Qui veut passer pour quelqu'un qui s'arc-boute obstinément sur des principes archaïques ?

Mais si être conservateur, c'est considérer qu'il y ait des principes sur lesquels on ne peut pas revenir, comme les droits naturels, qui sont inaliénables et que l'on se doit de les «conserver» intacts coût-que-coût ; le libéral indéniablement est un conservateur.

Si être conservateur, c'est au contraire préserver des privilèges, des situations de rentes, de conserver le  statu-quo au détriment de ces mêmes droits naturels ; le libéral, en toute honnêteté, ne peut pas se revendiquer de ce courant politique.

A l'inverse, il adoptera un discours radical, exigeant l'abolition de ces injustices, qui le feront passer pour un agitateur d’extrême-gauche qu'un représentant de la droite dite conservatrice.

D'ailleurs dans ces distinctions sémantiques la gauche n'est pas en reste. Quand celle-ci parle de droits acquis, opposables, sur lesquels on ne peut pas revenir, n'adopte t-elle pas un discours conservateur ou libéral ?

Finalement, les droits naturels, ne sont-ils pas acquis et définitifs, surtout quand ils sont mis en applications ? N'est-ce pas un progrès que de les conquérir et de les conserver ?
Mais si ces droit acquis ne sont rien d'autres que des privilèges déguisés, cette gauche progressiste ne se contente-t-elle pas de défendre le statu-quo à l'image de certains conservateurs ? Elle n'en est rien moins qu'une élite qui défend ses rentes de situations aux dépends des autres.

Le libéral est aussi bien un conservateur obtus qu'un agitateur révolutionnaire, du moment qu'il a en vu la défense des droits de propriétés privés.

Mais alors pourquoi assiste-t-on le plus souvent à des rapprochements entre libéraux et conservateurs, souvent ceux d'obédiences catholiques pour ces derniers, que entre libéraux et socialistes ?

C'est qu'il y a une distinction entre socialiste et conservateur, un fossé idéologique qui rend très difficile cette alliance entre les libéraux et la gauche. C'est le rapport à la notion de Vérité.

«Il y a une fragilité constitutive du mensonge, une force intrinsèque à la vérité» déclarait Michel De Jaegher, vice-président de Renaissance Catholique, défenseur de la Manif pour tous et auteur de la Democratie peut-elle devenir Totalitaire ? Quelqu'un que l'on classerait comme conservateur à coup sûr.

Un libéral peut être en désaccord avec les revendications de la Manif pour tous, mais il ne peut être qu'en accord avec cette assertion de De Jaegher sur la force intrinsèque de la vérité. Car le libéral place la vérité comme valeur suprême. La seule question qui émerge dans son débat avec le conservateur est celle-ci ; quelle est-elle cette vérité  ?

D'ailleurs, c'est cet amour inconditionnel de la vérité qui a toujours poussé les libéraux à affiner leur théorie politique, à revoir certaines conceptions et à explorer de nouveaux champs d'applications. Et c'est cette sacralisation de la vérité qui permet le débat, de reconnaître les erreurs et d'évoluer.

Ainsi il est possible au conservateur et au libéral de se rencontrer et de dialoguer, de se mettre d'accord sur l'existence de principes qui sont vrais, donc inaltérables, de déterminer, ou plutôt de découvrir un ordre naturel assurant le bon fonctionnement des sociétés. Il suffit juste de déterminer sa nature ; ce qui n'est pas une mince affaire.

Le problème avec l'homme de gauche est qu'il est souvent, et aux mieux partiellement, empreint de l'idéologie relativiste, qui affirme avec la force d'une vérité qu'il n'y a pas de vérité. Cette contradiction interne, la vérité qu'il y en a pas, est déjà en soi troublante, mais surtout sert d'arme pour détruire les affirmations de son adversaire.

Quand le libéral ou le conservateur évoque une réalité, une loi naturelle, un principe vrai et irréfutable, et que cela détruit l'argumentaire de l'homme de gauche. Ce dernier n'hésitera pas à brandir ce joker relativiste, avec une conviction inébranlable et absolue, affirmant que ce n'est pas convenable ni sérieux d'évoquer ces arguments avec une telle certitude ; puisqu'il n'y pas de vérité. Et si l'on pointe cette contradiction dans son raisonnement, affirmer la vérité qu'il y en a pas, alors il vous accusera de jouer sur les mots et de faire de la rhétorique.

D'ailleurs il s'appuiera sur la philosophie dite moderne ,qui a donné lieu à des verbiages impressionnants, comme l'hermeneutisme moderne ou le deconstructivisme, tentant de justifier aux travers de réflexions alambiquées et confuses le relativisme comme dogme suprême de notre ère, sans pour autant passer pour un dogme absolutiste.....

Bref, il n'aura jamais tort, car en toutes circonstances il usera de cette tactique pour ne pas perdre la face. C'est un manque patent d'humilité et rend impossible toutes formes de discussions et de rapprochements.

On pourrait croire que c'est le libéral qui est arrogant en affirmant des vérités, mais c'est l'exact opposé. Reconnaître la vérité, la notion du vraie, c'est reconnaître à la réalité un ordre contre lequel on ne peut s'affranchir. C'est reconnaître sa propre faillibilité et l'impossibilité de faire plier le monde à ses propres caprices. C'est in fine  au fil d'un long raisonnement admettre l'existence d'une justice et de droits inaliénables à tous les individus. Le juste est vrai.

A l'inverse, le totalitarisme, et en particulier celui pernicieux des social-démocraties, s'est toujours accommodé du relativisme, car il lui laisse le champ libre de pouvoir agir sans contrainte, comme il veut, sans se soucier d'être en cohérence avec ses actes passés remettant en cause tout principe à l'aune du pragmatisme.

Le problème est que cette idéologie de l'anti-idéologie, comme le dirait Ayn Rand, a conquis aussi la droite, et particulièrement en France. Sous le masque du pragmatisme, la droite Française a évacué toute possibilité de défendre des principes inaltérables et tenus pour vrais, non seulement chassant les libéraux de ses terres, mais aussi nombres de conservateurs. C'est pourquoi aujourd'hui la droite ressemble tant à la gauche.

Et d'ailleurs c'est la raison pour laquelle beaucoup se plaignent, y compris les intellectuels relativistes, du manque de cap dans les programmes politiques, de leurs absences de vision qui transcenderait les clivages. En somme, de ne pas avoir une idéologie cohérente et vraie...avec l'interdiction absolue de s'affirmer comme une idéologie.

Et il n'est pas étonnant qu'aujourd'hui dans cette atmosphère schizophrène qui cultive les paradoxes et les incohérences, les derniers tenants de ceux qui considèrent la vérité comme valeur suprême préfèrent se rassembler entre eux, et cela malgré leurs divergences d'opinions sur de nombreux sujets. 

jeudi 25 juillet 2013

Les interdits du libéralisme



Un État pour se donner l'impression d'être utile à la société doit agir, et cela sans cesse ; il est impératif qu'il rappelle à tous son existence au risque qu'un beau jour, en cas d'absence prolongée, on réalise soudainement que le pain de la boulangère se fait sans lui.

Et ce qu'il sait faire de mieux quand il agit ; c'est d'interdire. Dans ce domaine il est redoutable et souvent efficace.

Notre chére Marisol Touraine, ne faisant pas exception à cette habitude, en bon sbire d’État, a décidé d’élargir l'interdiction de fumer à de nouveaux espaces publics, tels les parcs.

Et j'entends déjà de nombreux libéraux s'indigner de cet État-nounou qui empiète à nouveau sur les libertés individuelles qui leurs sont très chères. Dans ce cas précis le droit de fumer en disposant librement de son corps. Les réactions sont identiques quand l’État veut limiter la vitesse de circulation sur les routes et autoroutes de France.

Mais voilà, au risque de surprendre ; ils ont torts. Et les cries d'orfraies qu'ils sont susceptibles de pousser peuvent jouer en leur défaveur.

Je m'explique.

A force de protester contre ces interdits, les libéraux donnent cette impression, qui est fausse, que les gens, la société en somme, sans règles s'organiseraient d'eux-même, comme par magie. Si l'on roulait sans aucune restriction il n'y aurait pas plus d'accidents, leur nombre pourrait même diminuer. Et la fumée de tabac en rien n'agresse les non-fumeurs et vouloir interdire la consommation de cigarettes dans des endroits fréquentés n'est que l'expression de gens envieux qui veulent dominer autrui. En clair tout irait tellement mieux sans interdits ! Ce sont eux qui causent les problèmes.

Des arguments présentaient de la sorte ne peuvent être pris aux sérieux. C'est indéfendable et pire ; c'est contraire aux thèses du libéralisme.

N'oublions pas une chose ; la majorité des gens veulent vivre avec des règles.

Dans une société libérale la question n'est pas de savoir s'il y a des restrictions (comme la limitation de vitesse ou le droit de fumer dans un lieu dit public) mais qui doit imposer ces restrictions. Ludwig von Mises avait d'ailleurs évoqué ce problème dans son célèbre ouvrage l'Action Humaine, et il ne se privait pas de critiquer certains libéraux :


«La confusion et le manque de jugement manifestés dans le traitement des problèmes de l'interventionnisme sont en vérité stupéfiants. Il y a par exemple des gens qui raisonnent comme ceci : Il est clair que les réglementations de la circulation sur les routes publiques sont nécessaires – Personne n'a d'objection contre l'intervention du pouvoir dans la façon dont l'on conduit un véhicule – Les avocats du laissez-faire se contredisent en combattant l'intervention du gouvernement quant aux prix du marché, alors qu'ils ne réclament pas l'abolition des réglementations publiques en matière de circulation routière.
La fausseté de ce raisonnement est manifeste. La réglementation de la circulation sur une certaine route est l'une des tâches incombant à l'organisme qui fait fonctionner cette voie de communication. Si cet organisme est le gouvernement ou la municipalité, c'est à lui à vaquer à cette tâche. Il incombe à la Direction des Chemins de fer d'arrêter l'horaire des trains et c'est la tâche du gérant de l'hôtel de décider s'il y aura ou non de la musique dans la salle de restaurant. Si le gouvernement fait fonctionner le chemin de fer ou l'hôtel, c'est au gouvernement de faire les règlements nécessaires concernant ces détails. S'il y a un Opéra d'État, c'est le gouvernement qui décide quels opéras devront être créés et quels ne doivent pas l'être ; il serait illogique, toutefois, d'en déduire que c'est aussi la tâche du gouvernement d'en décider pour un théâtre non nationalisé.»

C'est au propriétaire qu'incombe la tâche d'établir des règles sur l'espace qu'il possède. Le problème est simple au sujet des propriétés privées légitimes. Mais qu'en est-il de la propriété dite publique ? Comme les parcs ? Qui doit décider des règles de conduites (au sens large) ? La volonté du peuple, un autocrate ou les contribuables ? Ludwig von Mises se défausse même quand il parle de l’État ? Quel est-il vraiment ? Ces agents ou le peuple qu'il gouverne ?

En fait il n'y a pas de solution claire du moment que le concept de propriété publique est en soit flou voire contradictoire.

La propriété publique ; chacun se sent légitime d'en disposer comme bon lui semble, puisqu'elle appartient à tout le monde. Mais dans les faits, par nature, cela est impossible, et pousse inexorablement les membres de la même communauté à rentrer en conflit pour son usage. Les associations anti-tabacs seront vécues comme agressives par les contribuables fumeurs, et les fumeurs perçus comme une nuisance pour les contribuables non-fumeurs ( par extension aussi : pourquoi devraient-ils financer la santé de ceux qui fument ?).

Dans une société de droit privée, ou anarcho-capitaliste, ce sont les propriétaires qui décident des limitations et des restrictions, à l'image de ce qui se fait dans les centres commerciaux.

Il y aurait alors une grande variété de règles, et beaucoup seraient loin d'être parfaites, qui conviendraient à une grande variété de personnes, et dans le même temps les restrictions les plus efficaces ou qui rencontreraient le plus d'adhésions seraient adoptées par la majorité des communautés.

On peut très bien imaginer des communautés où les routes n'auraient aucune limitation de vitesse et d'autres où ils seraient interdits de circuler en voiture. Toutefois on en déduirait que les primes d'assurance en cas d'accident ou de dommages corporels seraient très élevés dans la premier cas, et dans le second cas où aucun véhicule ne serait permis de circuler ; les primes d'assurance maladie ne manqueraient pas d'augmenter  pour cause de rapatriement impossible en ambulance lors d'urgences.

Et il est en de même pour le tabac. Des espaces pour fumeurs et non fumeurs.

Mais ce qui compte, et que seul le propriétaire légitime ( que ce soit un individu, un groupe d'actionnaires ou un arrangement semblable à une copropriété) détermine quelles sont les restrictions à suivre.


Les règles de conduites seront clairement établies et ne pourront être modifiées au moindre caprice comme cela se pratique dans les espaces publics, où par définition règne un flou quand à leur usage.
Ainsi le libéralisme se révèle par essence une théorie politique de la réglementation, mais dont les fondements reposent sur le droit de propriété privée légitime, à la différence de la propriété publique qui repose sur des principes arbitraires et mal définis et qui sont sources de conflits permanents. 

dimanche 14 juillet 2013

La révolution Egyptienne ; le crépuscule des social-démocraties















Le coup d’État en Égypte serait la preuve patente que l'idéal démocratique n'a pas su se transcrire concrètement dans le sillage du Printemps Arabe. La route serait encore longue avant que les démocraties s'imposent dans les 19 pays Arabes. 

Cette interprétation des faits est la thèse officielle qui est véhiculée par les médias mainstreams ; c'est celle qui est politiquement correcte. En fait nous n'avons pas assisté à un échec de l'application de cet idéal, mais à l'échec, tout court, de cet idéal : à l'impossibilité de sa réalisation dans le monde réel. 

La démocratie,et son corollaire la social-démocratie, n'est pas un système d'organisation viable de la société.
Au début du printemps Arabe, il y a deux ans à peine, les question économiques, les motivations matérielles, les vrais raisons qui ont poussé les gens à se révolter, n'ont jamais été analysées sérieusement ou très rarement. Au mieux on en a mentionné les conséquences, de façon presque anecdotique, évoquant brièvement l'inflation galopante, les pénuries chroniques, la corruption endémique ou les entraves illégitimes aux travail, sans jamais toutefois en expliquer la cause profonde.

C'est qu'il fallait faire coller cette actualité brûlante à l'idéologie dominante, qui est considérée comme notre seul horizon, celle de la social-démocratie : ces peuples se sont soulevés en masse parce que leur souveraineté était bafouée par d'infâmes dictatures et que cette carence démocratique, insupportable et anachronique , devait être comblée, sans quoi aucune amélioration de leur condition de vie n'était envisageable. 

  «Désormais personne ne peut douter que ce que veut le peuple Arabe, est un gouvernement constitutionnel élu» a déclaré Paul Salem du Beirut’s Carnegie Centre, un think-tank du moyen-orient.

Et on peut supposer que cette affirmation est proche de la vérité : beaucoup de ceux qui ont protesté, et avec courage, comme ces Égyptiens place Tahrir, ont eut des revendications démocratiques, espérant que leurs réalisations mettraient un terme aux maux endémiques qui rongeaient leur pays.

Mais parfois le diagnostic peut être faux. On croit soigner le mal avec le mauvais remède, et parfois même on l'aggrave.

Ce qui a provoqué véritablement les révolutions arabes, et en particulier celle Égyptienne, n'est pas un manque de démocratie, mais des politiques économiques clairement d'inspirations socialistes qui ont mené tous ces pays à la ruine. Ce à quoi nous assistons est l’équivalent d'une réédition de la chute du mur de Berlin ; d'une nouvelle faillite du socialisme. 

Ce que l'on sait peu, est que tous ces pays, l'Egypte en tête sous l'égide de Nasser, ont été dans les années 50 et 60 marqués par le socialisme arabe, idéologie qui s'est concrétisée, sans surprise, par des nationalisations nombreuses (banques et entreprises), des participations importantes et forcées de l’État dans le capital des entreprises, des reformes agraires, un contrôle des prix, des changes et de la circulation des capitaux, avec la promesse d'une santé et d'une éducation gratuite et de l'abolition de la pauvreté. A l'image de ce qui se pratiquait dans nos sociales-démocraties d'Europe de l'Ouest, où l’État a pris une part de plus en plus importante dans l’économie, la saveur orientale en moins. Par contre, ce qui en effet distinguait ces pays de ceux occidentaux, était une faible alternance au sommet du pouvoir, une justice partiale et une liberté d'expression quasi-inexistante.
C'est cela qui choquait nos belles âmes occidentales, non pas les nationalisations, ni le contrôle des prix et encore moins la redistribution, mais que ces politiques ne se fassent pas dans un cadre démocratique, dans le respect de la souveraineté populaire, comme en Europe de l'ouest. 

On nous a aussi fait croire que ces pays furent les victimes, dans les années 90, de cette tempête ultra et néo-libérale qui ont secoué nos paisibles nations. Il y eut certes des levées de restrictions, sur les prix et les mouvements des capitaux et quelques privatisations, mais on compte tout de même au début des années 2000 le double de gens qui travaillent pour l’État que dans les pays occidentaux - ainsi que le double de chômage - et des subventions massives pour l’accès à la nourriture et à l'essence. Le cœur, l'âme de la structure économique restait socialiste (comme sous nos latitudes). Ce qui se traduit concrètement par des monopoles qui ne profitent qu'à une élite aux détriments du plus grand nombre, dont on essaye de calmer les appétits révolutionnaires par des politiques de redistributions aussi coûteuses qu'inefficaces. 

Mais il suffit d'une tension dans le monde, une crise financière aux dimensions apocalyptiques  que l'on tente de juguler à tort avec une émission massive de crédits bon marché, provoquant une envolé des matières premières -les céréales entre autres dont l’Égypte est grande importatrice- pour que cet équilibre, instable par nature, se rompe brutalement et que les gens aillent dans la rue. A cela vous ajoutez la frustration légitime d'être exclu d'une élite, qui par des prérogatives qu'elle s'octroie de force, profite à elle seul du peu de croissance économique, et les ingrédient sont réunis pour une révolution. En 2008 Moubarak fut chassé, maintenant c'est au tour de Morsi deux ans plus tard pour des raisons quasi-identiques, le rigorisme islamique en plus.

Mais voilà dans le deuxième cas, l’Égypte était devenu un pays en processus de démocratisation ; ce qui eut du mettre un terme aux problèmes fondamentaux, apaiser les colères et légitimer le pouvoir. En notre époque de progrès sans discontinuité, la démocratie est la panacée à tous nos problèmes. Au final, Morsi a été renversé, comme dans un vulgaire coup d’État, par l'armée, qui ne fit que répondre, tout démocratiquement et non sans ironie, aux aspirations du peuple en colère. Pourquoi s'en plaindre ? le peuple a été entendu ( à part sa faction non négligeable qui supportait le président déchu).

Le problème est que la racine du mal, le socialisme, ne fut point arrachée lors de la première révolution. Au contraire si on se réfère à la nouvelle constitution établie par l'ex-nouveau pouvoir, celle-ci en était imprégné, et à double dose, sans émouvoir personne. Par contre, comme toujours, ce qui fit scandale fut l'application de la Sharia, vécue comme une atteinte aux principes démocratiques. 

Il n'était alors pas question de mettre un terme au pillage Étatique ; avec un tel programme les injustices et les privilèges persisteraient et la pauvreté ne cesserait pas. Le pouvoir, que l'on appelle socialisme, et les privilèges qui lui sont associés ne feraient que changer de main, par le processus démocratique ; il y aurait toujours ceux qui en bénéficieraient et ceux qui en paieraient le prix.

Et on ne peut éviter cela -l'oppression des uns sur les autres- en prétendant donner le pouvoir au peuple, comme le proclamait Melenchon. Ce concept est en soit une contradiction dans ses propres termes. Le peuple ne peut pas se soumettre à lui-même. L'exercice du pouvoir, implicitement, nécessite la présence d'un exploiteur (celui qui détient le pouvoir) et d'un exploité (celui qui subit le pouvoir).  Si l'on ne remet pas en cause l'existence même de ce pouvoir lors d'une révolution, on assiste le plus souvent à une simple inversion des rôles. L'exploité se révolte et prend la place de l'exploiteur qui devient à son tour exploité. Et rien ne change, les privilèges eux restent intacts.

Et cela ne modifie en rien la donne, si l'on exige une plus juste répartition des charges, une démocratisation des injustices en sorte. Ce serait aussi ridicule que de résoudre l’agression de A qui frappe deux fois B, en demandant A de ne frapper B qu'une fois, et à B désormais, par souci d'équité, de frapper une fois A. L'agression et son caractère ontologiquement néfaste persiste.

De plus dans cette valse des dirigeants à laquelle on assiste en Égypte, certains acteurs voient leurs positions inchangées,  quasi immuables, permanentes, au nez et à la barbe de tous, comme les spectateurs privilégiés de cet arène où s'affronte les différents partis pour le pouvoir. Et cette élite se contente de faire sauter des fusibles, les présidents dans ce cas précis, à l'image des empereurs romains qui étaient régulièrement destitués, pour faire diversion et apaiser le  peuple déchaîné.  A l'époque romaine c'était les légions qui tiraient les ficelles ; dans l’Égypte d'aujourd'hui c'est l'armée. Et celle-ci justement ne tient pas à céder un pouce de ses privilèges qu'elle s'est constituée. 

Elle ne se contente pas de jouer uniquement un rôle militaire, elle est pleinement impliquée dans l'économie, en vendant des produits de consommations (huiles d'olive, pâtes, poissons, poulets, sucre, casseroles, poêles et même des télés LCD !), en détenant des entreprises avec des monopoles et en ayant une position dominante dans le marché immobilier. Et cela dans une ambiance d'opacité généralisée, de corruption endémique, où l'on imagine bien le tact qu'il faut déployer pour traiter avec cette entité martiale susceptible et jalouse de ses prérogatives. Elle est au cœur de la politique socialiste du pays qui le ronge.

Et le pire est que cette armée jouit d'une grande popularité au sein de la population. 

Si vous voyez une ressemblance avec notre énarchie, dont les membres restent aux manettes de notre pays, en collusion directe avec les même familles héritières et fortunées de notre pays, quelle que soit la majorité. Ne soyez pas surpris, ce n'est pas une coïncidence.

Des gens qui manifestent pour prendre la place de ceux qui les oppressent, tout en renforçant les privilèges qui causent le mal de leur pays et en adulant ceux qui les exploitent. On ne peut être que saisi de vertige.


Et c'est dans ce contexte que l'on comprend aisément, le rôle que joue l'idéologie dans une révolution. L'idéologie, aujourd'hui, celle de la démocratie, en rien ne met un terme aux injustices qui ont motivé les Égyptiens à manifester si massivement. Au contraire, elle ne fait que les aggraver. La démocratie détourne l'attention des gens des vrais problèmes les leurrant dans l'illusion de l'alternance et d'une meilleur représentation de la volonté du peuple (un concept vain issu de la mystique de notre temps) , et elle encourage par le biais de la distribution, à vivre aux dépends des autres, en renforçant les politiques socialistes, immanquablement destructrices.


La révolution Américaine, et celle Française dans une moindre mesure, alors qu'elles avaient des motivations aussi économiques, étaient portées par une idéologie radicalement différente. Il était moins question d'une meilleur représentativité du peuple que d'une abolition des privilèges. Le «laissez-faire» exigez l'abrogation du pouvoir, ou au mieux son encadrement strict, quelle que soit la forme qu'il pouvait prendre. Et l'objectif ultime fut la recherche de la liberté en brisant les monopoles et les réglementations iniques et illégitimes, en abolissant  les impôts (ou en les réduisant considérablement), les privilèges et en instaurant un marché libre. 


Rien à voir avec ce que l'on voit en Egypte. Aucun parti  n'est adepte du laissez-faire, et la nouvelle constitution le prouve clairement : planification de l'économie, protectionnisme, nationalisation des ressources naturelles, droit à l'éducation, système de retraite par répartition obligatoire, partage des profits etc... Le bon vieux socialisme de grand-mère à la mode Sharia. Un remake du socialisme arabe, du socialisme slave, du socialisme sud-américain, du socialisme oriental et du socialisme occidental.

Et on se désespère du chaos qui sévit en Egypte. On peste, intérieurement, contre ce monde Arabe qui ne veux pas comprendre ce qu'il aurait a gagner en embrassant le rêve démocrate. On ne comprend pas pourquoi il ne suit pas cette route tracée par nos illustres ancestres. C'est que nous, nous pouvons nous payer cette frivolité, ce rêve pernicieux, cette démocratie en retardant l'échéance par de l'endettement massif. 

Alors que l’Égypte, n'a pas ce luxe. Elle en paie le prix tout de suite, sans délai, et nous offre, le spectacle, en grandeur nature, de l'échec de l'utopie démocratique.














jeudi 4 juillet 2013

Le manque à gagner des contribuables.










Les géants des nouvelles technologies ; Google, Apple et Amazon pour ne citer qu'eux, sont accusés, par le biais de leur optimisation fiscale, et cela en toute légalité, de provoquer «un manque à gagner» aux États. Inacceptable en cette période de disette que de telles entreprises, largement bénéficiaires, ne participent pas à l'effort de redressement étatique en payant leur dû.

Et la France n'est pas en reste dans ce combat. Quand il s'agit de recouvrer l'argent des autres.

On peut en effet regretter, que par ces contorsions fiscale, ces entreprises payent moins d'impôts que leurs consœurs de petites tailles et locales, alors qu'elles bénéficient de subventions et des infrastructures étatiques.

Mais n'oublions pas qu'elles sont à l'origine aussi de gains, substantiels, profitant aussi bien aux privés qu'aux publics qu'il faut mettre en balance avec ce fameux « manque à gagner».

En ne prenant  pour exemple que Google ; cette entreprise par le biais de son service Google Drive met à disposition de tous traitement de texte, tableur, powerpoint et cela gratuitement. Google Book assure des économies substantielles aux étudiants en proposant des ouvrages universitaires depuis chez eux. 90% des médecins se servent du moteur de recherche pour leur travail. Les exemples sont trop nombreux pour être tous citées, mais on peut affirmer que Google, et les autres entreprises visées dans cette affaire, permettent de rendre disponible aux plus grands nombres des services qui auparavant étaient coûteux, donc moins accessibles.

Ainsi particuliers, entreprises et administrations publiques bénéficient de gains que ces entreprises pourvoient par leur services.

Les homme des l’État devraient prendre en compte ces avantages, ces gains qui profitent à tous, avant de s'indigner d' un manque à gagner. Et s'il y a concurrence déloyale parce que d'autres entreprises payent plus d'impôts. Pourquoi pas ne pas le leur baisser au niveau de celui qu’obtiennent ces entreprises par leurs optimisations fiscales ? Mais cela obligerait à une baisse drastique des dépenses publiques, ce qui est proprement impensable.

Mais imaginons, que finalement, cet argent aille bien dans les caisses de l'État. Qu'il soit pleinement recouvré. Sera-t-il bien utilisé ? Resorbera-t-on notre déficit qu'aucun gouvernement en trente ans n'a su équilibrer ? Servira-t-il à des investissements d'avenir ?  Au regard du bilan calamiteux de l'État, on peut légitimement en douter. Avec un passif pareil, aucun particulier ne recevrait un prêt. Mais nous parlons de l'Etat, et ce n'est pas pareil. Et cela on l'a bien compris.

Cet argent, comme celui déjà ponctionné, sera dilapidé dans des projets fumeux, des subventions clientélistes, des administrations opaques, des projets d'avenir sans lendemains, des dépenses somptuaires...

Il serait préférable qu'il reste entre les mains de ces entreprises, que l'on accuse à tort de frauder. Il pourra être de nouveau investi pour améliorer la qualité des services qu'elles proposent. Et s'il finit en dividendes ; tant mieux. C'est la récompense à des investisseurs qui ont su anticiper les industries du futur. C'est par ce biais que la société, par le libre marché, remet ces capitaux aux plus capables. Et si ces investisseurs échouent par la suite, les capitaux changeront de mains.

Avec les hommes de l’État, c'est tout l'inverse. Même quand ils ont lamentablement échoué, qu'ils ont fait preuve d'une incompétence stratosphérique, d'une indigence sans pareille, d'une nonchalance abyssale, de mensonges répétés et éhontés, qu'ils pillent quotidiennement le fruit du labeur des citoyens et mettent en peril les epargnes de tout a chacun, ils continuent à percevoir des sommes colossales et a gérer des pans entiers de nos vies. Et cela malgré une soi-disante alternative démocratique, censée sanctionner les incompétents. 

Dans ces conditions il est obscène de parler de manque à gagner pour l'État, c'est plutôt celui des contribuables qu'il faudrait dénoncer avec vigueur.