mercredi 12 juin 2013

Ces retraites qui nous opposent



Voilà ! à nouveau l'actualité est gouvernée par la reforme du système de retraite. Épisode habituel de notre social-démocratie qui la rythme comme un tour de France ou un Open de Roland Garros. Et comme toujours, nous sommes abreuvés des mêmes rengaines sur la nécessité impérieuse de reformer notre système pour assurer la solidarité de notre nation, sans quoi ce serait l'apocalypse. Et comme toujours, c'est promis, ce sera l'ultime réforme qui nous assurera des lendemains heureux... jusqu'à la prochaine saison, sans quoi on s’ennuierait.

Et Marisol Touraine,  en charge de ce dossier épineux, d’entrée de jeux, ne fait pas dans la langue de bois. Elle prévient que «des efforts seront nécessaires et chacun devra y participer», et que dans ce contexte douloureux «n'opposons pas les uns aux autres».

La première remarque est véridique, car pour sauver le puit sans fond de notre système de retraite c'est un euphémisme que d’exiger des efforts pour sauver ce qui ne peut l'être et comme de toute façon il est obligatoire de cotiser à la Sécurité Sociale, tout le monde devra y participer, comme si on avait le choix. 

Par contre la deuxième remarque, un classique au demeurant, est faux ; c'est même l'exact opposé. Car il est vain d'essayer dans ce système de répartition de ne pas opposer les uns aux autres : car son génotype est en fait d'opposer les uns aux autres.

 Le fondement même de ce système repose sur l’antagonisme des intérêts. Son financement, sa mécanique, sa nature se fonde sur le fait que chacun vit aux dépends des autres. Les avantages des uns se font aux détriments des autres. Toute les discussions auxquelles ces fameux partenaires sociaux participent vont consister tout bonnement à savoir qui va payer pour l'autre. Cela n'est évidemment pas explicité dans ces termes crus, le système serait invendable et rejeté par tous. Cette réalité est masquée sous un fatras de logorrhées sociales où l'on parle de concertation sociale, de round de négociation sociale, de refondation du pacte sociale et j'en passe, pour masquer platement un brutal rapport de force. En ne perdant jamais de vue la solidarité de ce système comme socle fondamentale de notre patrie, histoire de ne pas se sentir coupable de duper son partenaire.

Le plus souvent, comme chacun des groupes n'étant pas en mesure de payer quoi que ce soit ou plus qu'il ne peut le faire, on reporte le problème à une autre échéance par de l'endettement. C'est en somme faire payer les générations qui ne sont pas encore là pour défendre leur pré-carré . C'est ce qu'on appelle avoir une vision à long terme et faire jouer la fameuse solidarité entre les générations.

Ce constat m'évoque la formule d'Adam Smith sur la concordance des intérêts personnels, qui malheureusement a été galvaudé et incomprise. La poursuite de l’intérêt personnel au profit de celui général ne peut se faire que dans le cadre d'un marché libre, et uniquement dans ce cadre. Et cela à pour condition le respect des droits de propriété privée ; c'est-à-dire du principe de non-agression.

Un individu pour bénéficier du bien des autres, en dehors des dons, doit l'échanger contre un bien ou un service qu'il a produit lui-même. L'individu A produit la nourriture qu'il échange avec les habits produits par l'individu B. Chacun voit ses besoins satisfaits. Les intérêts se concordent. Il y deux gagnants, chacun s'efforçant de produire ce qui pourrait intéresser l'autre, dans le but  soi-même de recevoir une chose qui répond à ses intérêts.

Cela n’exclue pas le fait que l'individu A gagnerait plus peut-être à voler B, qu'à produire une chose qui intéresserait B. Il lui couterait moins en temps et en ressource à voler qu'à produire. Mais dans ce cas, les gains de A se feraient aux dépends de B. Il y aurait antagonisme des intérêts et l’émergence d'une situation conflictuelle.

 Quand elle est reconnue pour telle, on demande justice et réparation. Mais quand elle est institutionnalisée et reconnue à tort comme légitime, elle établit un régime de guerre sociale à minima, de basse intensité, qui garde un aspect de civilité et d'ordre, mais dont les fondations sont immanquablement fragiles, et toujours sur le point de s’effondrer.

 C'est le cas pour notre système de protection sociale où les intérêts sont par nature en oppositions. Ces négociations ne sont rien d'autres qu'une forme raffinée et évoluée de guerre civile, où un groupe tente de s'octroyer des privilèges aux dépends d'un autre.

Il est inéluctable que dans ces conditions on ait tendance, de façon quasi intuitive, à vouloir opposer les uns aux autres dans ces soi-disantes discussions. Et l'avertissement de Marisol Touraine ne fait que confirmer cette réalité.

Mais il y a un moyen d'harmoniser les intérêts et de les rendre complémentaires. Ce serait de sortir de ce système. Par le biais du MLPS et de Claude Reichman, en faisant jouer certaines dispositions européennes
 non respectées en France. Il serait alors possible pour tout à chacun de cotiser dans des assurances vies privées ou des plan épargnes retraites privées. Ce serait autant de retraites sauvées, d’épargnes constituées qui serviraient à l'investissement, et de moyens libérés pour la consommation, sans que cela se fasse aux détriments des salaires et des revenus des indépendants.

Et sans que cela soit dommageable pour nos politiques aussi. Au contraire ils se délesteraient d'un fardeau dont ils n'auraient plus la charge.

 Imaginez un instant !

Plus d'interminables discussions entre partenaires sociaux autour d'une table jusqu'à 6h du mat, plus d’hermétiques débats à la télé entre économistes sur les différents leviers pour sauver les retraites (durée de cotisations ou niveau de cotisations), plus de manifestations de syndicats, plus de lutte des classes, plus rien de tout ça. D'un coup tout cela s'évanouirait ! Ce spectacle pathétique, cette farce sociétale, cette mascarade sociale auquel on a droit cycliquement, et dont on connait d'avance l'issue (l'échec), n'aurait plus lieux.

Autant de migraines en moins chez nos politiques pour un problème dont ils ne voient aucune issue favorable dans un avenir désormais très court. Aussi bien eux que les assujettis sociaux seraient gagnants. De quoi satisfaire les intérêts de tous.

Et pour le coup, dans un tel système il sera légitime de mépriser ceux qui voudront opposer les uns aux autres.

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