jeudi 2 mai 2013

Vive l'esprit d'entreprise






















 L’État se veut l'ami des entrepreneurs. Il le déclare haut et fort en considérant que son " premier devoir, c’est de stimuler l’esprit d’entreprise dans notre pays».

Toutes ces belles paroles ont été consacrées lors d'une rencontre, entre entrepreneurs et hommes d’État, au saint des saints du pouvoir ; le théâtre de l’Élysée. L'État ne lésine pas sur les moyens pour séduire ceux " qui créent la richesse, l’activité et donc l’emploi", "une évidence" selon notre président de la république, présent lors de ces festivités en grande pompe. 

On ne peut que se réjouir de cette reconnaissance de ce fait si évident ; ce sont les entrepreneurs les vrais créateurs de richesse. Et ce revirement  de la part de caciques du parti socialiste n'a rien de surprenant. En réalité c'est le remake éternel que les socialistes de tout poil ( de droite ou de gauche), ont déjà joué par le passé, qu'ils soient des communistes purs et durs, ou des sociaux-démocrates adeptes du socialisme de marché.

Le principe fondateur du socialisme ; l'appropriation des moyens de productions privés par l’État ( constatez  la contradiction interne de cette phrase, puisque par définition le fait de s'approprier ne peut être que privé) , dans ses ultimes conclusions, renie l'idée même d'entrepreneur comme élément utile à la société. C'est même l'inverse, ce ne sont que des parasites qui asservissent les travailleurs et privent la société de ses richesses.

Mais comme ceci est en contradiction totale avec la réalité, et que seule les actions humaines d'individus libres sont créatrices de richesses ; les États socialistes et leur intelligentsia ont du tordre le cou à leur propre idéologie et accepter un tant soit peu de l'entrepreneuriat privé, ne serait-ce que pour leur propre survie. Car de quoi vivraient-t-ils si ce n'est que de richesses produites (par les autres ) ?

La NEP, en est l'exemple le plus caricatural et le plus célèbre  Ce "repli stratégique" adopté par Lénine, constatant les ravages causés par la révolution bolchevique devait restaurer ce qui subsistait d'économie, en reprivatisant partiellement l'agriculture. Et le mot partiellement avait toute son importante. Les paysans, quand ils s’acquittaient de ce qu'ils devaient à l'État, pouvaient librement échanger le surplus. Sans surprise, l'agriculture se développa, renouant avec son niveau d'avant guerre. L'État retrouvait des couleurs, il avait relâché son emprise sur les producteurs sans pour autant les affranchir. Et ceci est primordial. Il n'était pas question pour l'État de libérer ses sujets, sinon de quoi se nourrirait-il ? A tout moment il se devait d'être en mesure de les ré-asservir en totalité, de reprendre un contrôle intégral sur eux, lors de situation exceptionnelle, ou quand il jugeait qu'ils avaient remplis la mission qu'il s'était fixé. C'est ce que fit Staline en 1930, en abolissant la NEP et en collectivisant dans sa totalité l'agriculture (avec les catastrophes que l'on connait).

C'est un peu la distinction entre l'esclavagisme et le servage.

Dans le premier cas, rien n'appartient à l'individu, rien ne l'incite à travailler plus (je n'inclus pas les cas d'esclave de " haut-rang"  dans la Rome antique qui parfois avait plus de pouvoir que le simple citoyen et qui était souvent affranchi), rien ne l'incite à prendre des initiatives, à faire profiter à la société ses connaissances, son talent et son imagination. Dans le servage, l'individu bien que contraint, et durement, avait une certaine liberté. Il pouvait espérer disposer de ce qu'il gagnait quand il s'était acquitté des diverses taxes. Il avait une certaine marge de manœuvre pour faire profiter ses connaissances, en reprenant Hayek, à l'ensemble de la société. Il pouvait même racheter sa liberté. Il conservait un niveau de productivité incomparablement supérieur à celui de l'esclave.

Et dans le même temps il permettait à celui qui l'asservissait d'exister. C'est une ruse du maître. Il fait miroiter aux producteurs de richesses des lendemains qui chantent, par des profits possibles, tout en les maintenant dans un état de semi-captivité.

 Dans ces conditions, le maître conserve sa position centrale et les entrepreneurs sont obligés de réclamer, de mendier, de quémander auprès de lui les libertés résiduelles qui leur permettront de travailler et de produire des richesses taxables.

Et aujourd'hui rien n'a fondamentalement changé. Ce qui a changé est qu'il n'est plus besoin des contorsions idéologiques pour faire un revirement de cap politique, comme avec la NEP, et entrer en contradiction avec son système de pensée.

Car l'idéologie actuelle est celle du pragmatisme, qui considère qu'il n'y a plus d'idéologie, et que seule compte l'efficacité en politique. A l'aune de cette pensée, on peut dire tout et son contraire.

Et en effet l'État dit et surtout fait tout et son contraire. Il peut à la fois mettre en place un crédit d'impôt et ajouter des taxes. Il peut empêcher l'accumulation de capital, entraver son action et décourager dans les faits l'esprit d'entreprise, et en même temps avoir l'ambition d'enseigner cet esprit de la sixième à la terminale.

Projet surprenant ! Alors que tout dans les faits décourage la création d'entreprise, en lieu et place de rendre le terrain propice par des réformes concrètes, l'État se contente de vouloir donner le goût de l'entrepreneuriat aux plus jeunes, espérant qu'aprés un endoctrinement rondement mené, en bons soldats, ils s'affranchiront de toutes les vicissitudes et produiront ces richesses indispensables que l'État taxera avec largesse et sans rencontrer de résistance.

Par le passé l'État se servait de l’Éducation Nationale pour embrigader la population et disposer d'un vivier de chair à canon, aujourd'hui il prétend utiliser ce même procédé pour avoir de la chair à taxe.

Mais j'imagine difficilement comment l'État va pouvoir inculquer cet esprit d'entreprise dans la cervelle des petites têtes blondes de France, alors que le profit est reprouvé moralement et doit être taxé.

Que l'esprit d'entreprise implique le goût du risque et la responsabilité individuelle, alors que l'on vante le principe de précautions, la société des droits à tout sans rien en échange et que l'individu n'est qu'un rouage d'une société qui le dépasse.

Comment faire comprendre que l'entreprise privée à un rôle dans la société, alors que l'on considère uniquement les services publics comme vraiment utiles ? Les entreprises privées n'étant là, il semblerait, que pour assouvir l’égoïsme de certains.

En somme comment l'Education Nationale va provoquer les vocations de certains à endosser le mauvais rôle, à être l'objet de tous les opprobres et de ne point récolter les fruits de leur travail ?  Il faut avoir un goût du risque très développé pour tenter cette aventure. Personne ne veut avoir le mauvais rôle.

Peut-être que le seul mérite de cette mesure, si elle est appliquée (ce qui reste à voir), sera de mettre en exergue ces contradictions, et un jour de faire un choix clair de société.

Comme je le disais dans un billet précédent l'entreprise privée n'a pas pour but de restaurer les rentrées fiscales de l'État, ni de résorber le chômage, mais de faire du profit pour ses propriétaires légitimes et de rendre service au public.

En somme d'assurer la prospérité. 



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