mercredi 27 mars 2013

Melenchon ne ferait-il pas le jeu du FN ?














 Melenchon ne ferait-il pas le jeu de Marine Le Pen ? Voilà une question bien incongrue.

Il est évident que Melenchon n'a aucune sympathie pour le FN, au contraire il s'en proclame être le meilleur rempart, mais son discours qui s'est radicalisé ces derniers jours va probablement renforcer à son insu le camp situé à l'autre bout du spectre politique.

Comme je l'avais déjà dit dans un billet précédent, la légitimation de FN et de ses thèses actuelles ne furent pas le seul fait de l'UMP et de son ex-leader Nicolas Sarkozy, mais aussi celui de toute la classe politique par leur violent parti pris anti-capitaliste et anti-libérale. L'exemple le plus marquant fut le retour du protectionisme, (du moins dans le discours car dans les faits il est toujours présent partiellement) dont Montebourg s'est fait le plus grand défenseur.

Le Parti de Gauche, qui a cru un temps ressusciter la gauche historique, se retrouve aujourd'hui dans une position bien étrange. Malgré une couverture médiatique importante et une sympathie d'une part non négligeable des journalistes, il n'arrive pas à percer. Pire, il renforcerait son ennemi de toujours ; le FN. Les résultats des élections législatives de l'Oise furent des plus éloquentes, le candidat du FN a du mathématiquement pour atteindre son score de 48,6 %  bénéficié de voix de la gauche ( et probablement de sympathisant PG). 

Cette porosité aurait de quoi surprendre. Pas tant que cela au vue de certaines positions prises récemment par le Parti de Gauche. Examinons simplement un point de sémantique de son discours. Désormais  la gauche de pouvoir est accusé de social-libéral, terme qui me rappelle d'ailleurs celui de sociaux-traitres que les communistes d'antan jetaient à la face des sociaux-démocrates. N'oublions pas que Marine Lepen  accuse les socialistes d'ultra-libéraux et d'agents de la finance internationale. Mieux encore, elle ne les dissocie plus de l'UMP, qui formeraient, eux et le PS, la clique au quolibet d'UMPS.

Le PG, lui aussi, s'agace de voir que la politique de Hollande est à l'identique de celle de Sarkozy, inféodée à Merkel et à la finance internationale. Même approche.

Pire (ou mieux) Melenchon a semblé un temps ambiguë sur une sortie de l'Euro, le pré-carré incontestable de Marine Le pen.

Le PG, en perte de vitesse dans les sondages, se mettrait-il à courir après le FN pour récupérer des électeurs ? Après tout, n'est-il pas inscrit dans la génétique des partis de social-démocratie de gagner coût que coût les élections ? Dans ce marché politique, il y a comme une inéluctabilité à la compromission des idéaux pour gagner le pouvoir. 

Malheureusement dans ce concours à qui veut mieux prendre la place de l'opposant à l'Establishment, Marine Le Pen sera toujours la plus authentique.

 Parti politique largement ostracisé par la classe politique et les médias, le FN peut se prévaloir de ne pas appartenir aux systèmes, à l'inverse d'un Melenchon qui en 92 a approuvé le traité de Maastricht. Ce dernier peut aujourd'hui faire amende honorable et gagner en lustre en reconnaissant ses erreurs, mais ce changement de cap fera toujours planer sur lui un doute parmi ceux qu'il tente de séduire. Un peu comme un Romney critiquant un Obamacare directement inspiré de la couverture santé qu'il a mis en place dans l’État du Massachusetts. Il y a comme une incohérence indépassable.

De plus ce qui permet au FN de prendre le large par rapport au PG est sa position vis-à-vis de l'immigration. Le PG ne sera jamais, du moins je crois, un parti anti-immigration. Cette distinction de taille fera la différence et limitera les ambitions et l'influence du PG (il est moins opportuniste).

Lors de l’élection d'Henin-Beaumont, qui avait vu s'opposer le leader des deux partis (FN et PG) l'infortuné Mélenchon déclarait que ce qui le différenciait du FN est que pour lui la crise avait pour coupable la banque, et non les étrangers. Le problème pour notre candidat de gauche est que le FN considère que les affres des Français sont à la fois liés aux banques et aux immigrés.  Le FN a un horizon plus large, quoiqu'en dise Mélenchon.

Le PG ne fait que légitimer une des ailes du FN, celle de gauche, par la voix d'un personnage aussi brillant, pour ses qualités d'orateurs, que Mélenchon.

Et ainsi, curieusement, dans le jeu politique ce parti se trouve dans une position paradoxale ; à la fois il trouve un écho favorable dans l'opinion public par ses critiques du pouvoir, mais dans le même temps il rebute cette opinion par ses positions pro-immigrations et sa trop grand proximité avec le pouvoir en place (Mélenchon fut membre de gouvernement par le passé).

Au contraire d'un parti de Marine Le Pen  qui peut étendre son influence sur un ensemble plus grand d'électeurs, en piochant aussi bien à droite qu' à gauche  et d'être dans le paysage politique actuel, non plus à un de ses extrêmes mais au centre de celui-ci.

Et désormais, comme on peut le constater, tout orbite autour de lui.

samedi 23 mars 2013

Ce que peut provoquer la crise de Chypre











Alors que l'on croyait le plus dur derrière nous (du moins c'est ce que nous répétaient sans relâche les médias mainstream) Chypre nous a rappelé à tous que la crise, et particulièrement en Europe, était loin d'être résolue. Au contraire, ce rebondissement a révélé les coriaces fragilités de l'Eurosystéme.

Il n'est pas dans mon intention de me lancer dans une analyse pertinente de cette mésaventure financière, l’excellent article de l'institut Turgot rédigé par Vincent Bénard pourra donner à tous lecteurs curieux un éclairage sans pareil.

J'aimerais plutôt me focaliser sur une éventualité que cet accident, digne d'un Cygne Noir, a rendu possible et qui fut évoqué : la sortie de Chypre de l'Euro, pire sa faillite.

Il faut d'abord rappeler la similitude que cet épisode a avec l'élément déclencheur de la crise dite des "sub-primes", c'est-à-dire la faillite de Lehman brothers. En fait il faudrait faire remonter les origines de la crise au rattrapage de Bear Sterns, comme l'expliquait encore une fois Vincent Benard en 2009. Ce secours porté par les autorités américaines avait clairement envoyé un mauvais signal au monde financier, faisant croire que tout à chacun serait à l'abri et pourrait bénéficier des largesses de la FED.

Ansi la panique qui a suivi la faillite de Lehman Brother n'a pas été que liée à la découverte des crédits toxiques que furent les sub-primes et des risques qu'ils faisaient courir à ses détenteurs mais aussi par les agissements contradictoires de la FED, qui du jour au lendemain, sans crier gare et en opposition avec ses décisions passées a laissé la banque couler. En fait il n'y avait aucune règle claire, et en particulier aucune établie quand à la faillite des banques. L'anarchie régnait en quelques sortes et cela sous l'égide d'une autorité étatique et pléthorique.

Il en est de même aujourd'hui avec Chypre. N'oublions pas que la Gréce a bénéficié des aides de l'Europe et la sortie du pays de l'Euro était inenvisageable. L’Europe, ce projet en perpétuel construction, ne pouvait souffrir d'une telle éventualité ! Son adhésion ce doit d'etre eternel pour le salut de tous.

 Ce qui a fait à croire à Chypre, du moins à certains de ses résidents banquiers, d'être à l’abri de toutes catastrophes. Et voila que l'Europe menace de couper les vivres aux systèmes bancaires, pouvant alors provoquer une faillite et dans ces ultimes conséquences la sortie du pays de l'Euro.

Chose qui était impensable !

Mais ce qui différencie cet épisode avec celui de Lehman Brothers est que sa faillite était  envisageable ; une banque, en effet, peut faire faillite. Mais un État ?

Car la sortie de Chypre de l'Euro et l'écroulement de son secteur financier aurait pour conséquence la faillite de son État.

Mais est-ce qu'un État peut-il faire faillite ? Si l'on se place du point de vu économique, la réponse est clairement oui. L'Etat n'est qu'une agence comme une autre, qui tire ses ressources de la spoliation légale qu'est l'impôt. Il ne peut échapper aux lois de l'économie.

Mais peut-il s'affranchir de celles de la politique et surtout de l'esprit de notre temps, qui veut que l’État soit l'horizon indépassable de notre existence. Un État, d’après la doxa actuelle, ne peut pas faire faillite. En dehors de l’État, point de réalité. Ce sans État est un territoire qui n'est cartographié nulle part, qui n'a pas d'existence propre, que l'on ne peut pas nommer proprement. C'est une Zone du dehors, en reprenant le titre du roman d'Alain Damasio (clairement à gauche !), qui dénomme le territoire en dehors de la ville et qui n'a pas de nom car il ne peut pas exister selon les autorités.

S'il advenait que Chypre fasse faillite, ou du moins sorte de l'Euro (ce qui serait une mini faillite pour ce processus de concentration Étatique qu'est l'Europe), la crise prendrait une tournure très novatrice, aux implications plus profondes que la faillite de Lehman Brothers.


Un paradigme pourrait s'évanouir ; la permanence des États.

Et on réaliserait qu'ils n'ont du leur existence qu'à cette immense bulle obligataire qui a n'a cessé de gonfler ces dernières années et qui comme toutes les bulles va un jour éclater.

Une bulle d'ailleurs en parti alimenter par cette croyance dans le pouvoir salvateur de l’État. 

Cela provoquerait une rupture idéologique majeure.

Et nous serions vraiment, pour le coup, en crise.