dimanche 9 octobre 2011

Petite pensée sur les agences de notation














L’Espagne, l’Italie et la Belgique sont dans le viseur de ces agences de notations qui font trembler les gouvernements du monde.

Elles somment ces pays de redresser leur compte pour rembourser des dettes dont ils se sont gavées sans retenu depuis des décennies. Désormais ils n’ont plus le choix, sinon leurs notes sera dégradées. Si tel est le cas ils ne pourront plus emprunter et seront en défaut ; terme élégant pour palier au vide juridique d’un état en faillite, car un Etat ne relevant pas du droit privé ne peut être mis en liquidation judiciaire ; c’est le règne de l’inconnu. Une situation qui relève de l’impossible pour nombre de ceux endoctrinés à l'Église de l’Etatovangélisme : l’Etat , c’est le règne de l'éternité et de l’immanence.

Les libéraux s’en réjouissent. Car ce signal fort oblige les États à se discipliner, ce que les politiques furent incapable de réaliser durant des années, comme le pointait si justement Alain Madelin dans une de ses tribunes.

Les critères de Maastricht sauvés par la bourse, en sorte.

En tant que libéral je reste circonspect devant cette conclusion que l’on tire un peu hâtivement. Je dirais même plus, je crains que ces avertissements ne sauvent en rien la situation.

La faute à qui ? Aux homme de l'Etat ? Oui, mais en partie.

Les agences de notations ont leur responsabilité dans cette affaire. Certes elles exigent, et à juste titre, aux gouvernements de redresser leur compte, si tant est, on peut, comme le détaille Georges Lane dans son blog, parler de comptabilité publique. Mais elles ne précisent pas de quelles manières.

Schématiquement, il se dessine à l’horizon de cette apocalypse financière deux voies de sortie, dont nombre de gouvernements empruntent un peu aux deux dans leur tentative de sauvetage.

Les États doivent soit accroître leur revenu, soit diminuer leur dépense.

La première solution exige d’augmenter les revenus fiscaux, en somme d’augmenter les impôts. La seconde solution requiert une diminution du périmètre de l’Etat, c’est-à-dire de réduire les activités de la puissance publique (impuissance serait plus juste).

La solution d’augmenter les impôts, profondément anti-libérale, aurait des effets dévastateurs sur l’économie et cette reprise tant désirée. La récession deviendrait une chose pérenne.

La seconde solution, au moins, aurait le mérite de libérer des services des griffes du leviathan, qui gagneraient en efficacité, phénomène qui s’accentuerait si les privatisations étaient accompagnées d’une baisse des impôts (qui paradoxalement aux premiers abords augmenteraient les revenus fiscaux).
Mais voilà les agences de notations ne semblent pas attacher de l’importance à la différence cruciale qui sépare ces deux types de politiques, l’une libératrice, l’autre asservissante.

Elles ne portent leur attention que sur les statistiques macroéconomiques des pays, les prévisions de croissances et les politiques adoptées qui permettent aux plus vite de réduire le déficit abyssal des états.

Elles ne font pas de distinctions, ou du moins elles ne semblent pas, entre des politiques dites libérales et celles dites keynésiennes. Ce qui comptent, c’est que les gouvernements, par n’importe quels moyens, redressent leur budget.

L’exemple le plus frappant fut l’avertissement donné par Standard and Poor en dégradant la note des USA après le débat houleux sur l’extension de la dette.

L’agence de notation s’est plainte du manque de coopération entre les parties pour solutionner le problème des déficits et de la dette américaine.

Les parties, et à juste titre, se sont battus bec et ongle sur la façon dont il fallait régler ce déficit gigantesque et cette dette colossale. Les républicains exigaient une baisse des dépenses et à minima de ne pas revenir sur des baisses d’impôts. A l'opposé les démocrates refusaient toutes diminutions des services publics et aspiraient à une augmentation de ces impôts. A mes yeux cette opposition est cruciale car elle dessine clairement la fracture idéologique entre les deux camps, visibilité nécessaire pour comprendre les enjeux d'aujourd'hui, et les choix à faire dans l’avenir.

Car cette dispute, au delà d’être un simple règlement comptable, était aussi un affrontement d’idée à la portée philosophique sur la façon dont une société doit s’organiser et prospérer.

Pour Standard and Poor, mais aussi Moody’s et Fitch, cet affrontement n’était au mieux qu’un face à face de radicaux obtus empêtrés dans leur idéologie rigide et imperméable à tout compromis, au pire un pure enfantillage qui révélait aux yeux du monde la dépravation morale des politiques de tous bords, incapable d’atteindre un consensus pour le bien être commun. De faire passer l’intérêt de la nation avant le leur. (et ils ne sont pas loin de la vérité)

Est-ce que Standard and Poor se fiche éperdument de la façon avec laquelle on redresse une économie ? Ce qui compte pour eux, c’est que l’argent arrive en flot ininterrompu pour rembourser ces dettes. L'Etat se doit d'avoir une manne fiscale suffisante pour s'acquitter de ses obligations.

Finalement, ces agences de notation, qui passent pour les hérauts de l’ultralibéraslime, se font plutôt le porte parole de ce fascisme du consensus que dénonçait Ayn Rand. Cette recherche perpétuelle du juste milieu, du compromis qui ne fâche point, qui en cette occasion pourrait être qualifiée de décision économiquement correcte. Elles sont imprégnées, finalement, comme une majorité des gens, de ce relativisme ambiant qui occulte toute réflexion constructive. Elles sont les victimes de l’ideologie de l’anti-idéologie qui s’immisce dans tous les champs de la pensée.

On ne peut faire de compromis entre un bon et un mauvais principe, on ne peut mêler les deux au risque de corrompre le principe qui est vrai.

La recherche philosophique de la vérité ne les intéresse nullement, et il est vrai que ce n’est point leur rôle, mais il ne semble pas que leur mise en garde, pour l’instant, aide au débat.

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