dimanche 4 septembre 2011

La France des zombies










La crise est là. Enfin presque ! C’est un tsunami dont la vague tarde à s’abattre et qui reste comme en suspend au dessus de nos têtes.

Pour l’instant elle n’est présente que dans nos postes de télé, circonscrit de façon rassurante dans ce cadre lumineux, avec cet éloignement et cette immatérialité des évènements du monde que l’on nous rapporte : spectacle audiovisuel, à l'image d'une révolution arabe ou d'une famine en Ethiopie, qui alimente notre besoin d’informations et qui fait le grand bonheur des analystes. C'est un simple phénomène du monde extérieur qui en rien ne modifie notre petit monde chaud et douillet et qui offre des sujets de conversations à nos goûters du quatre heures.

Certes on me contestera rapidement qu’elle a frappé de plein fouets des gens, cette satané crise. Regardez ces ouvriers que l’on licencie à tour de bras, ces usines qui délocalisent, cette précarité qui ne connaît pas de rémission, ces réfugiés en masse qui viennent frapper à nos portes.

Oui, c’est vrai, mais au fond, rien n’a changé, ce ne sont que des péripéties auxquelles on est accoutumées depuis des décennies et qui font parties des injustices officielles. Elles sont le substrat majeur des causes et des combats de notre contrée socialistoïde et nous illusionnent avec cette lutte permanente pour le progrès. Elles donnent une raison à l’action d’Etat. Et aux débats de nos goûters du quatre heure.

Oui, rien, vraiment rien n’a changé.


L’Etat considère cette crise comme une autre de ces péripéties. Un obstacle, une nouvelle épreuve qu’il devra surmonter pour au final sortir vainqueur et se retrouver renforcer. Il traitera, appréhendera, saisira, embrassera cette crise avec les mêmes moyens, les mêmes remèdes, le même système, la même idéologie.

Et s'il y a changement, ce sera toujours avec l'Etat, pour et par l'Etat, au pire il muera, et continuera son évolution dans ce courant irrésistible de l’Histoire que nos intellectuels aime à nous rappeler. La fin du récit est connu d'avance. Il ne peut en être autrement. On imagine aucune autre alternative.

Et les Français dans tout ça ? Que font-ils ?

Rien !

Ils vivent, ils prévoient, ils planifient avec l’idée, la certitude absolue que le système perdurera à jamais et même s'ils entrevoient de grands changements, qu'ils pressentent des bouleversements majeurs, ce sera toujours et à jamais avec nos éternels CPAM, URSSAF et MDPH, avec nos points retraites, nos conseils régionaux, généraux, communaux avec nos allocations, nos subventions, nos organisations gouvernementales, nationales, internationales, supranationales, nos édifices institutionnels, nos évènement sportifs, nos championnats du monde, nos jeux olympiques, nos coupes des champions, de la ligue des champions et j’en passe, au même rythme et de façon rassurante.

L’inaltérité subie d’un monde face aux secousses sismiques d’un univers. On agrippe au même pour ignorer le changement.


Ces Français, ou une grande majorité d'entre eux, m'apparaissent comme être dans un rêve éveillé, hébété, halluciné, s’imaginant que rien ne va se modifier, ou peut-être refusent-ils catégoriquement de l’accepter car cela relève de l’inconcevable, voire de la violation du sacré.

Mais l’État providence, l’État tentaculaire avec ses myriades d’appendices, est comme un mourant, au stade ultime de sa vie, en coma artificiel, sous perfusion massive d’analgésiques et de morphiniques. Il est l’objet d’un acharnement thérapeutique qui va jusqu’au bout de notre conscience collective. Un mort vivant. Un spectre du passé qui se refuse à quitter notre monde. Et toutes ces institutions qu'il a engendrées, enfantées, dégueulées massivement au cours de sa vie, se spectralisent aussi, sont en voie de spectralisation, et se joignent à cette mélopée funèbre. On les croit réels, mais ils ne le sont plus.

Et ceux qui habitent ce corps en voie de dématérialisation (les Français) sont les acteurs principales de ce spectacle nécromantique sociétal qui se joue sur notre hexagone. Une parade de morts vivants, un défilé de zombies, une représentation de revenants. Une hallucination collective de masse. Un dénie du réel.

Le tout sous les imprécations d’un président de la république des morts vivant(es), le Sarkomancien, dont les discours sont de véritables rites funéraires. Ils organisent de grandes messes nécromantiques qui nous font croire que tous cela existe encore. Il a même prévu un plan Alzheimmer, national, de grande envergure, peut-être pour faire mieux passer la pilule lors de derniers jours du dément. On aime à envier l'Alzheimmer qui ne réalise pas l’étendue de sa grabatisation. Ou peut-être une anosognosie à la Chirac, qui oublie qu'il oublie. On veut oublier que tout cela n'existe pas. On nous l'annonce mais on y croit pas plus qu'une guerre civile en Afrique. C'est loin, trop loin pour nous, cela arrive toujours chez les autres.

Il est hallucinant de ressentir cette inconscience massive qui habite les esprits, et de nos médias qui prétendent être les échos de nos pensées. Je ne cesserais de le répéter, le coeur, l'âme de cette crise est cet Etat et sa providence, ce grand spectacle qui nous fait croire à l’irréel.

Le réveil parmi les vivants sera difficile. Et nos goûters du quatre heure plus agités.

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