dimanche 18 septembre 2011

Le néo-mercantilisme












Les exportations Françaises sont en bernes, la balance commerciale est dans le rouge, le commerce extérieur va mal. Ces constats , on les entend trop souvent dans nos médias. On en conclurait d’aprés cette rengaine que la puissance d’un État se mesure uniquement a sa capacité d'exporter, c’est-à-dire à celle de vendre plus de marchandises à l’étranger qu’elle en achète à ce même étranger. Pour qu’une nation soit au firmament, à son apogée, au zénith de sa gloire, il faut que ses produits inondent la terre en flots ininterrompus sur les rivages étrangers pour les submerger, les bombarder avec l’estampille made of chez nous ; ce serait le symbole moderne de l’hégémonie d’une nation sur le monde.

Cela me rappelle le mercantilisme d’autre fois, je me réfère au sens originel du terme, et non pas à sa définition plus populaire de maintenant qui se confond fortuitement avec le libéralisme et le capitalisme. Ce terme fut employé par les historiens du 19e siècle pour désigner le système politico-économique qui tenta de s’imposer entre le 16e et 18e siècle en Europe. Il consistait au travers d’un appareil d’Etat aux prétentions absolutistes d’assurer l’enrichissement du pays coût que coût par le commerce extérieur. Il se manifestait par un ensemble de mesures qui favorisaient les exportations de certaines industries au moyen de subventions et les protéger de la concurrence étrangère par l’octroi de monopoles et la taxation des biens importés. L’Etat mesurait la réussite de cette politique par la quantité d’or qu’il accumulait, symbole de son prestige (bullionisme) et de l'excèdent de sa balance commerciale.

On considérait alors, et à tort, que dans le commerce, les gains se faisaient aux détriments de l’autre. Ainsi l’activité marchande se confondait littéralement avec l’activité militaire, il fallait détruite l’adversaire. Principe qui s'est concrétisé dans les faits, puisque les royaumes n'ont pas hésité à mener des guerres pour établir des monopoles commerciaux.

En réalité, et de façon circonstancielle, cette théorie économique n’était que la rationalisation de privilèges de certains groupes de pressions les plus influents qui savaient gagner les faveurs du pouvoir. Raison pour laquelle elle s’avérait après un examen plus approfondi incohérente et contradictoire. Elle n’était que trop souvent le résultat de décisions prises au coup par coup, sur l’instant, sans vision à long terme, pour assurer la pérennité et la stabilité du pouvoir en place. Mais il a fallut aux yeux du public, au vu des dégâts qu’elle entraînait, la rationaliser, c’est-à-dire la faire passer pour une idéologie cohérente et utile.

Car l'application de cette doctrine, aussi surprenant que cela puisse paraître, ce faisait aux détriments des consommateurs du pays pour le plus grand profit de certains producteurs. En claire, cette politique ne portait pas uniquement un préjudice aux nations étrangères, mais aussi à celle, ou du moins à une partie de sa population, qui la pratiquait.

Un de ses plus grands zélateurs fut Colbert, hyperministre au pouvoir quasi illimité sous Louis XIV, qui en fit , selon les termes de l'économiste Murray Rothbard, une telle “incarnation hypertrophiée” qu’on la rebaptisa Colbertisme, tellement cette version était plus hard.

C’est en partie en opposition à cette politique que la pensée libérale au temps des lumières a connu son essor. En effet le mercantilisme eu son utilité dans l’élaboration de la science économique. A la manière d’anatomopathologistes qui comprennent la fonction d’un organe par ses défaillances, de nombreux intellectuels ont pu discerné, par les effets néfastes des pratiques mercantilistes, des lois économiques irréfutables et indépassables, violées par ces politiques même, qu’un Ludwig von Mises, des siècles plus tard systématisera dans son opus magnus, l’Action Humaine.

Les auteurs de cette époque, comme Adam Smith et Jean Baptiste Say, ont réfuté cette affirmation, cette idée
reçue, que tous gains dans le commerce se fait aux dépends des autres et en conséquence que la seule voie de la prospérité passe par l’accumulation d’or.

Idée fausse, car le commerce se nourrit d’un processus d’échange, soit direct, que l’on qualifie de troc, soit indirect, par l’intermédiaire d’une monnaie ; l’or à cette époque de mercantilisme. En conséquence tout produit échangé doit avoir sa contrepartie : un autre produit. La monnaie ne fait que masquer ce processus. Si un individu échange son bien contre de la monnaie, en réalité il l’a échangé indirectement contre un autre bien qu’il n’a reçu que sous la forme de cette monnaie. Et celle-ci, bien évidement, servira à des échanges ultérieurs. Jean baptiste Say le résumait ainsi : “L'argent ne remplit qu'un office passager dans ce double échange ; et, les échanges terminés, il se trouve toujours qu'on a payé des produits avec des produits”.

Ainsi on ne peut échanger un bien que si un autre bien est échangeable. Il serait absurde de ne vendre qu'a un individu un bien alors que celui-ci ne produit rien, d'où tirerait-il son or ?

S’il en va de même avec les individus entre eux, alors il n’y a aucune raison que ce ne soit pas le cas entre nations qui ne sont qu'une multitude d’individus.

Raison pour laquelle les pays pratiquant le mercantilisme se trouvèrent face à une impasse. Car pour continuer à exporter indéfiniment, ils doivent aussi importer pour rééquilibrer la balance, aussi métaphorique soit-elle. Ils ne peuvent indéfiniment accumuler de l’or, et comme le dit l’adage on se nourrit pas d’or.

Alors quel est le rapport avec notre époque, toute empreinte de modernité, qui prétends par ses sciences dompter les lois économiques ? Ce n’est plus de l’or que certaines banques centrales accumulent, mais des créances, d’imposantes montagnes de papier, aussi peu nourrissantes que ce métal précieux.

Des nations comme la Chine ont pendant des années dévalué leur monnaie pour assurer la compétitivité de leur nation à l’export, mais confronté à ce problème de l’équilibre que soulève les échanges, elles ont acheté des créances à leur clients, qui peuvent ainsi continuer à importer leurs biens.

Si les chinois n’agissaient pas sur leur monnaie, et laissaient opérer les forces du marché, le yuan s'apprécierait, ce qui favoriserait les importations et diminuerait les exportations, rétablirait la balance et on aurait “payé des produits avec des produits”.

Mais en dévaluant le Yuan les autorités chinoises favorisent les exportateurs, grands propriétaires de capital, aux détriments de la population qui voit sa monnaie se dévaloriser et leur épargne être rognée en conséquence. Sans parler des effets ravageurs que cette inflation risque de provoquer sur les investissements locaux.

La Suisse aussi à sombré dans ce revival mercantiliste. Devant l’appréciation de sa monnaie, qui est le fruit des désordres monétaires engendrés par nos politiques étatistes et pour lesquelles je ne m’étalerais pas dans ce billet, les exportations suisses furent en péril. Les grandes entreprises ont rouspété, la bourse était en berne, alors on a arrimé le franc suisse à l’euro (on lui a donné un prix plafond) pour sauver l’industrie nationale et le portefeuille d’une oligarchie.

Croire qu'une monnaie forte est un handicap est un tort, c'est se focaliser que sur un aspect des choses. Une monnaie forte réduit le coût des importations, ce qui favorise les industries qui emploient des facteurs de productions et des matières premières à l'étranger, renforce le pouvoir d’achat des gens quand ceux-ci consomment des biens importés. Elle permet enfin d’investir du capital en dehors des frontières.

En fait il se dégage de nouvelles opportunités de profits qui vont servir de nouvelles activités, mais affaiblir d’anciennes industries, qui risquent ainsi de perdre leur première place devant ce nouvel état des choses.

Et ces entreprises perdantes, pour conserver leur statut, vont tenter de gagner les faveurs de l’Etat au travers d'un lobbying intensif, de sensibiliser l’opinion publique en démontrant les dangers d’une balance commerciale négative, et par ces biais conserver cette ancienne situation qui leur était favorable, même si cela à un coût immense pour la société dans son ensemble.

Exactement comme le mercantilisme d'antan.

En observant les choses avec lucidité, elles usent de la force, celle dont dispose l’Etat pour empêcher le marché, qui n’est rien d’autres que la somme d’actions individuelles librement consentie, d’opérer les ajustement nécessaires. C’est une violation du droit.



De plus, il faut toujours qu’une monnaie soit forte, pour que d’autres soient faibles, c’est une remarque redondante, mais c’est une évidence que l’on se doit de répéter. Par cet état des choses, une nation à la monnaie dite faible peut exporter vers celle à la monnaie dite forte.
A terme, les deux monnaies au final auront cette tendance à s’égaliser ce qui reviendra à dire que l’on a payé des produits avec des produits”.

Dans cette vision des choses, à l'inverse du mercantilisme qui voit dans le commerce un affrontement, les différent acteurs de l'échange sont amenés à coopérer ensemble pour leurs profits mutuels. Il y a proscription de la violence.

Il est donc illusoire de croire qu'une nation se mesure à la positivité de sa balance commerciale, des parts de marché qu'elle conquiert à l'étranger et de la puissance de ses industries. Ce vocable est pollué par le militarisme car on voit dans l'autre un ennemi à abattre et non pas un partenaire.

Malheureusement, beaucoup de nations, trop empreinte par cette idéologie du tout exportation et soucieuses de favoriser des groupes d'intérêts, vont se lancer dans une dévaluation compétitive, histoire d'avoir, ce qui est absurde, la monnaie la plus faible. Cela prendra la forme d'une guerre des monnaies, dont on a constaté les conséquences néfaste dans la période de l’entre deux guerres.

A ce triste tableau se rajoute, ce que l’on croyait oublié, des relents protectionnistes qui polluent de nombreux discours politiques et qui ne sont qu’une autre facette de ce mercantilisme moderne. Car la nation pour se protéger des dévaluation de l'étranger, et épuiser par ses propres dévaluations, va lever des barrières tarifaires, et je le rappelle au risque de lasser, non pas dans l'intérêt du consommateur, mais de groupes bien précis et influents.

Le commerce va s'anémier et comme le disait Bastiat « si les marchandises ne traversent pas les frontières, les armées le feront », l'entre deux guerres de nouveau en fut l'exemple le plus brillant.

Nous n'en sommes pas là, pour l'instant. Le protectionnisme à encore mauvaise presse.

Quoique ! Ecoutez Montebourg aujourd'hui avec son programme de la démondialisation, je dirais plutôt de la dépacifacation des nations, qui veut taxer les bien chinois importés, rendus compétitifs en partie par les dévaluations successives du Yuan.

Ainsi le mercantilisme sévit encore de nos jours, et il tente, par ses instigateurs, de se sauver d'une catastrophe qu'il a engendrée, car en guise de faillite du néo-libéralisme on assiste plutôt à une faillite du néo-mercantilisme.

dimanche 4 septembre 2011

La France des zombies










La crise est là. Enfin presque ! C’est un tsunami dont la vague tarde à s’abattre et qui reste comme en suspend au dessus de nos têtes.

Pour l’instant elle n’est présente que dans nos postes de télé, circonscrit de façon rassurante dans ce cadre lumineux, avec cet éloignement et cette immatérialité des évènements du monde que l’on nous rapporte : spectacle audiovisuel, à l'image d'une révolution arabe ou d'une famine en Ethiopie, qui alimente notre besoin d’informations et qui fait le grand bonheur des analystes. C'est un simple phénomène du monde extérieur qui en rien ne modifie notre petit monde chaud et douillet et qui offre des sujets de conversations à nos goûters du quatre heures.

Certes on me contestera rapidement qu’elle a frappé de plein fouets des gens, cette satané crise. Regardez ces ouvriers que l’on licencie à tour de bras, ces usines qui délocalisent, cette précarité qui ne connaît pas de rémission, ces réfugiés en masse qui viennent frapper à nos portes.

Oui, c’est vrai, mais au fond, rien n’a changé, ce ne sont que des péripéties auxquelles on est accoutumées depuis des décennies et qui font parties des injustices officielles. Elles sont le substrat majeur des causes et des combats de notre contrée socialistoïde et nous illusionnent avec cette lutte permanente pour le progrès. Elles donnent une raison à l’action d’Etat. Et aux débats de nos goûters du quatre heure.

Oui, rien, vraiment rien n’a changé.


L’Etat considère cette crise comme une autre de ces péripéties. Un obstacle, une nouvelle épreuve qu’il devra surmonter pour au final sortir vainqueur et se retrouver renforcer. Il traitera, appréhendera, saisira, embrassera cette crise avec les mêmes moyens, les mêmes remèdes, le même système, la même idéologie.

Et s'il y a changement, ce sera toujours avec l'Etat, pour et par l'Etat, au pire il muera, et continuera son évolution dans ce courant irrésistible de l’Histoire que nos intellectuels aime à nous rappeler. La fin du récit est connu d'avance. Il ne peut en être autrement. On imagine aucune autre alternative.

Et les Français dans tout ça ? Que font-ils ?

Rien !

Ils vivent, ils prévoient, ils planifient avec l’idée, la certitude absolue que le système perdurera à jamais et même s'ils entrevoient de grands changements, qu'ils pressentent des bouleversements majeurs, ce sera toujours et à jamais avec nos éternels CPAM, URSSAF et MDPH, avec nos points retraites, nos conseils régionaux, généraux, communaux avec nos allocations, nos subventions, nos organisations gouvernementales, nationales, internationales, supranationales, nos édifices institutionnels, nos évènement sportifs, nos championnats du monde, nos jeux olympiques, nos coupes des champions, de la ligue des champions et j’en passe, au même rythme et de façon rassurante.

L’inaltérité subie d’un monde face aux secousses sismiques d’un univers. On agrippe au même pour ignorer le changement.


Ces Français, ou une grande majorité d'entre eux, m'apparaissent comme être dans un rêve éveillé, hébété, halluciné, s’imaginant que rien ne va se modifier, ou peut-être refusent-ils catégoriquement de l’accepter car cela relève de l’inconcevable, voire de la violation du sacré.

Mais l’État providence, l’État tentaculaire avec ses myriades d’appendices, est comme un mourant, au stade ultime de sa vie, en coma artificiel, sous perfusion massive d’analgésiques et de morphiniques. Il est l’objet d’un acharnement thérapeutique qui va jusqu’au bout de notre conscience collective. Un mort vivant. Un spectre du passé qui se refuse à quitter notre monde. Et toutes ces institutions qu'il a engendrées, enfantées, dégueulées massivement au cours de sa vie, se spectralisent aussi, sont en voie de spectralisation, et se joignent à cette mélopée funèbre. On les croit réels, mais ils ne le sont plus.

Et ceux qui habitent ce corps en voie de dématérialisation (les Français) sont les acteurs principales de ce spectacle nécromantique sociétal qui se joue sur notre hexagone. Une parade de morts vivants, un défilé de zombies, une représentation de revenants. Une hallucination collective de masse. Un dénie du réel.

Le tout sous les imprécations d’un président de la république des morts vivant(es), le Sarkomancien, dont les discours sont de véritables rites funéraires. Ils organisent de grandes messes nécromantiques qui nous font croire que tous cela existe encore. Il a même prévu un plan Alzheimmer, national, de grande envergure, peut-être pour faire mieux passer la pilule lors de derniers jours du dément. On aime à envier l'Alzheimmer qui ne réalise pas l’étendue de sa grabatisation. Ou peut-être une anosognosie à la Chirac, qui oublie qu'il oublie. On veut oublier que tout cela n'existe pas. On nous l'annonce mais on y croit pas plus qu'une guerre civile en Afrique. C'est loin, trop loin pour nous, cela arrive toujours chez les autres.

Il est hallucinant de ressentir cette inconscience massive qui habite les esprits, et de nos médias qui prétendent être les échos de nos pensées. Je ne cesserais de le répéter, le coeur, l'âme de cette crise est cet Etat et sa providence, ce grand spectacle qui nous fait croire à l’irréel.

Le réveil parmi les vivants sera difficile. Et nos goûters du quatre heure plus agités.