mardi 16 août 2011

Le mythe de la compléxification








Bastiat en son temps avait dénoncé avec talent les sophismes qui polluaient la vie intellectuelle, aujourd’hui il aurait de quoi se mettre au travail pour déminer ceux de notre époque. Car ils sont légions et ont métastasé dans les tous les recoins de la pensée “mainstream” jusqu’à nous empêcher d’analyser la réalité et son fonctionnement.


Je vais m’attarder sur un grand sophisme de notre belle époque, exposé maintes fois, répété sans cesse, inlassablement, sur les ondes et les plateaux télés, jusqu’à devenir, comme tous les sophismes que l’on matraque au public, une vérité irréfutable.

Nos économistes, quels que soient leurs bords apparents, aiment à nous l’expliquer, à nous le décortiquer, à nous le présenter de milles manières différentes, toujours avec ce sérieux qui sied à celui qui observe la réalité de front, sans arriére pensée, en quête de vérité, et qui prend ce ton paternaliste de celui qui explique à des enfants les dures lois de la vie.

Ce sophisme, je le nommerais le sophisme du paradoxe. Notre économie est, disent-ils, confrontée à un terrible paradoxe qui n’offre que des solutions toutes douloureuses. Nos États se retrouvent face à un dilemme : ils doivent se purger de leurs dettes stratosphériques par des cures d’austérités d’une violence inouïe, mais qui auront pour conséquences malheureuses de réduire la consommation et donc d’enrayer la providentielle reprise économique. Le chômage et la pauvreté s’aggraveraient, les rentrées fiscales seraient anémiques et la dette deviendrait non remboursable.

D ‘un côté on s'acquitte de nos dettes, mais alors le récession s’installe. De l’autre côté on poursuit les dépenses pour relancer l'économie et c’est la dette qui nous ronge de l’intérieure. Un mal contre un mal. Deux choix coûteux, douloureux, terrifiants. Un dilemme Cornélien qui n’a rien de tragicocomique.

Cette hypothèse est présente partout, redondante, répétée, réitérée jusqu’à devenir un axiome, une vérité évidente, commune, implicite et partagée par tous. Il ne viendrait à l’idée de personne de la contester.

Bastiat le résumait ainsi :
“ Cinquante ignares répètent en chœur une méchanceté absurde mise en avant par un plus ignare qu'eux; et, pour peu que cette méchanceté abonde dans le sens de la vogue et des passions du jour, elle devient un axiome.”

Histoire d’illustrer ma thèse voici un florilège des énoncés qui évoque cet axiome diabolique. Celui de l’ AFP en date du 12/08/2011 où l’on traite du plan d’austérité adoptée par l’Italie et qui "risquent d'avoir un effet négatif sur la consommation en ralentissant la croissance l'an prochain".

Ou dans le Point du 16/08/2011 qui rapporte les propos de Christine Lagarde, nouvelle patronne du FMI et qui met en garde à ne pas tuer la croissance en luttant contre la dette”."Le rééquilibrage budgétaire doit résoudre une équation délicate en n'étant ni trop rapide ni trop lent" explique-t-elle en se donnant une impression de sérieux avec un jargon scientifique newtonnien, et puis dans la foulée, peut être pour se faire comprendre par le bas peuple ,elle fait dans la métaphore automobilistique avec les mots suivants "Ne laissons pas le coup de frein budgétaire bloquer la reprise mondiale".

En ecrivant cet article j’entendais sur BFM tv
un économiste parlait d’un choix tragique où tout le monde est perdant.

L’existence de ce dilemme est le symptôme d’une époque, la marque de nos temps.

Je m’explique.

Cet exposé des faits donnent une impression de sérieux, d’analyse à froid des faits, avec objectivité, impartialité et exactitude qui nous révèle la complexité d’un monde, difficilement entendable aux premiers abords avec ses contradictions surprenantes, mais sommes toutes logiques après un examen approfondi. Voilà, nous disent les experts, les choses ne sont pas aussi simple qu’elles en ont l’air !

C’est ainsi, c’est comme ça, faites avec ! Cette idéologie de la complexification et de la contradiction flotte dans l’air du temps, elle s'immisce dans de nombreux discours et débats, et devient la marque du sérieux et de la vérité. Combien de fois n’avons nous pas entendu que rien n’est ni noir ni blanc, que l’on ne peut jamais tranché quoique ce soit avec certitude, le faire serait prétentieux, arrogant, infamant, le sceau immanquable de la bêtise et de l’obstination.

Regardez la physique quantique, l’exemple même cette physique quantique, elle prouve l’existence de cette compléxité, cette multiplication des rééls, elle va l’encontre de ce que l’on pense être certain, elles offrent à notre regard un monde dont le fonctionnement est en tous points opposé à ce que l’on pensez être vrai. Et ça marche, admirez ces centrales nucléaires, le fruit de l’opposé qui fait fonctionner notre électroménager.

Alors imaginez, ce que vous pensez être vrai est faux, et vice et versa, que la mécanique du monde est fait de contradictions, d’oppositions, de divergences, d’incompatibilités, de discordances. Voilà le monde réel, il est discordant et incohérent.

Logiquement il doit en aller de même avec vos observations, en accord avec cet esprit du temps, ce Zeitgeist, il faut, pour qu’elles aient ce cachet de gravité toute mondaine, qu’elle soit pleines de contradictions et de paradoxes, sans solutions, enchevêtrées, floues, obscures, presques occultes et mystiques, trop complexe et jamais simple comme la vie.

Vos explications ne doivent pas s’achever, elles doivent errer sur d'éternels questionnements, sans jamais connaître de fin, elles s'hébètent, s’embrument, s’enfument, se dispersent, s’autodétruisent.

C’est le fruit du relativisme ambiant, de cette guerre contre l’idéologie. C’est l’application de la méthode expérimentale, qui est toute simple pourtant et qui mène au plus simple, à tous les autres champs de la pensée et de la philosophie.

C’est l’inverse du rasoir d’occam, qui dit que les hypothèses les plus simples sont les plus vraisemblables. Pour être vraisemblable il fait affirmer les choses les plus floues et les plus complexes.

En somme il faut mystifier. Être le vaudou des temps modernes.

Et c’est ce que font les économistes avec leur explications, rabâchées à longueur de journée sur la crise de ce paradoxe entre la dette et la croissance. C’est le fruit d’une longue dérive intellectuelle qui nous a mené sur les obscurs rivages de la relativité, qui n’a plus rien de restreinte, mais qui au contraire s’est généralisée.

C’est une vaste arnaque.

Cette fascination pour le flou, l’incertain et l’occulte qui donne une impression de réel est le point névraglique de notre époque, mais aussi un vaste enfumage.

Le fait de se perdre dans un dilemme, dans un enbrumage de l’esprit est un moyen commode de s’affranchir du réel, d'occulter la vue sur le réel, d’arrêter de se poser des questions qui pourraient mettre à bas des idoles du sophisme. C’est la marque d’une faillite de la raison.

Mais c’est aussi, sans sombrer dans la théorie du complot, avec hommes cagoulés qui se rassemblent clandestinement, une façon de nous manipuler.

La crise a une explication rationnelle, entendable, objectivable. Je vous renvoie à de brillants auteurs tels Friedrich Hayek ou Ludwig von Mises pour nous en détailler la mécanique implacable.

Ils nous expliquent que ce qui est à l’origine de la crise, c’est l’Etat et ses interventions répétées. C’est ce système financier incestueux entre Etats, banques et grands groupes. C’est cette élite qui refuse de lâcher prise, car eux seuls veulent se sauver au dépend du peuple, bien que les deux soient enchevêtrés, et que ce dernier à sa part de responsabilité dans cette crise.

Et il ne paraît pas pensable à ces économistes vivant des subsides de l’argent publique de remettre en cause ce qui les nourrit, d’abattre leurs idoles : l'Etat et ses institutions qui croient piloter l’économie et qui prétendent assurer nos destinées. C’est le fruit d’une idéologie constructiviste qui imagine les individus par millions comme de la matière inerte. Ils ne peuvent remettre en cause leur boulot, leur manière de penser, leur sérieux.

Envisager le problème sous cet aspect, c’est-à-dire non pas une crise du capitalisme, mais de l’Etatisme, est impensable. En effet si on met l’Etat de côté, le problème est insoluble. L'Etat fautif ; explication trop simple qui met fin a des croyances profondément ancrées et qui ne correspond pas à l'air du temps.
C'est à la fois trop ordinaire, donc aucunement crédible, et trop radical car cela remet en cause un culte étatiste qui n'a cessé de prendre de l'ampleur.

Comme le disait un temps Reagan “ l'État n'est pas la solution à nos problèmes... L'État est le problème “. Et personne n'a pris la mesure de ses paroles, lui inclus. La preuve en est l'envolée des dépenses d'Etat sous son administration.

Alors les économistes nous font errer, involontairement pour la majorité d'entre eux, dans ce mythe de la complexification et ce sophisme du paradoxe qui ne trouve de résolution que dans une banale hausse des impôts.

Dénouement pour le coup très simple pour un problème périlleux, paradoxal et complexe.

1 commentaire:

  1. La complexification faite par l'Etat est un des moyens d'enfumer le peuple. C'est un des moyens de l'illusion étatique. L'Etat doit inventer une illusion pour justifier chacune de ses actions.

    RépondreSupprimer