dimanche 24 juillet 2011

Eloge du constructivisme


En cette terne soirée du 21 juillet 2011 j’ai eu le privilège d’assister à une démonstration télévisuelle de linguistique technocratique par notre très cher président de la république Française. Et je ne fus point déçu, son talent dans cette langue sibylline est incomparable.
L’enjeu était de taille ; sauver la Gréce, qui dans sa faillite pourrait menacer l’euro et ainsi entraîner dans son sillage l’Europe, cette grande institution si merveilleuse, le moteur de notre époque et le thème de nos eschatologies contemporaines. Paradis des administrateurs en complet gris qui se meuvent silencieusement et en duty-free svp d’une structure d’acier et de verre à une autre structure d’acier et de verre....pour notre salut évidemment.



Les fondateurs auraient été fière s’ils avaient été là, pour le voir, lui, le héros, drapé dans sa tenu étoilée sur fond bleu, à nous sauver du néant. Car si l’Europe venait à disparaître ce serait la fin. Que bâtirions nous? Quel serait le projet de grand rassemblement tribal qui donnerait un sens à l’action politique ? Pire, qu’est-ce qui justifierait l’existence même du politique ? Sa raison d’être. Sans l’europe les hommes politiques ne seraient rien. Car sans l’europe, plus de dérivés des échecs des politiques intérieures.
Et d’ailleurs, maintenant on se positionne par rapport à l’Europe, elle est devenue le moyeu des discours politiques, on est pour ou contre l’Europe, on est pour un rassemblement large, continental, ou pour un rassemblement restreint, national, circonscrit. Il faut se projeter et bâtir, pour ou contre, mais on ne peut plus s’en passer. L’europe est indépassable.



Alors notre président, en bon acteur politique, et européen devant l'éternel, doit agir, agir pour sauver, agir pour rassurer, agir pour stabiliser, agir pour élaborer, mais agir dans l’irréel, dans l’abstrait, jamais dans le réel. Oh non jamais !
Car l’europe est la quintessence d’un contructivisme honni par un Hayek. Le rêve d’un Saint-simonien. Un bijou d'ingénierie sociale. Une élégante tour de services administratifs qui ne semble pas connaître de hauteur limite. C’est une superstructure qui s’impose à tous par le haut, qui tente de faire ployer des milliers de réalités locales, d’harmoniser, d’unir, de lisser, de concentrer.
L’europe est la tentation technocratique la plus aboutie de notre époque. Un constructivisme polymorphe et sournois.



Notre héros, agité comme à son habitude de soubresauts, - les mondanités diraient que c’est le signe d’une transcendance européenne : il devait être habité par l’esprit des pères fondateurs- , s’est évertué à convaincre un auditoire acquis d’avance à la construction européenne, que la Gréce serait sauvée. Le remède, devinez ? Plus de constructions, de nouvelles administrations, une pléthore, avec de jolies noms, de quoi donner une sublime éjaculation à un haut fonctionnaire en mal de poste.
Le cauchemard Randien a pris forme, là, devant mes yeux, Atlas Shrugged en Europe, et d’ailleurs les noms ne pouvaient mieux se rencontrer, Atlas, l’Europe, la Gréce, une tragédie, quelle ironie. Notre gouvernement des philosophes platoniques s'est rassemblé, et dans sa grande sagesse il a proposé la seule chose qu’il connaisse : à savoir plus de gouvernement, d’institutions, de réglementations, d’administrations, de bureaucratie, l’élaboration de nouveaux leviers de pouvoirs, de rouages flambants neufs, en somme atteindre un nouveau palier dans la complexification de la mécanique européenne pour tenter de faire plier la réalité humaine, les réalités humaines ! aux désirs d’une minorité : nous aurons droits à un fond monétaire européen et à une gouvernance économique.



L’Euro ainsi, projet politique par essence, constructivisme, arrogance de l’omniscience de cette pseudo-science qui agite les cervelles de nos élites, a fait la preuve patente de son échec. Et pour nous en sauver, il faut plus de constructivisme, plus de projet politique, reinjecter une dose massive du poison qui a provoqué le même mal. La nacelle se referme sur nos libertés. Ceux qui ont élaboré ce Frankenstein économique sont les même qui vont nous en sauver, avec un autre Frankenstein. Ils ne peuvent admettre leur échec car il perdrait leur raison d’être.
Ils s’entêtent encore plus dans leur charlatanisme pour nous promettre cette union si rêvée.



Mais remarquer la mécanique principale, on profite d’une crise, on agite les peurs d’une fin de monde, pour renforcer son propre pouvoir.



D’ailleurs notre président a utiliser les mots en profiter, il n’aimait pas le terme a-t-il admis avec un semblant de culpabilité, il a avoué le crime ! mais il avait bien raison sur ce coup ci, sa langue était claire et précise, il faut profiter de cette crise pour accroître le pouvoir de l’Europe. La crise fut l’ultime excuse pour renforcer le pouvoir des tyrans, surtout quand l’idéologie dominante s’y prête, comme avec celle du constructivisme.



Du constructivisme Pascal Salin en donne une définition succincte mais claire “L'attitude constructiviste consiste à penser que l'on peut « construire » une société selon ses propres vœux, qu'on peut la conduire comme on le ferait d'une quelconque machine” et puis il ajoute à juste titre sur notre pays “il n'est pas excessif de dire qu'en France, tout au moins dans l'univers politique, pratiquement tout le monde est constructiviste. Selon ses humeurs, ses préjugés, son niveau d'information ou le sens de ses propres intérêts, chacun s'efforcera soit de maintenir ce qui existe, soit au contraire de le modifier d'une manière plus conforme à ses propres souhaits. (...) Il en résulte évidemment une extrême politisation de la vie que traduit fortement le fameux thème du « tout est politique ». Or, rien n'est politique par nature, mais tout le devient dès lors que l'approche constructiviste est dominante”



Notre président manie la langue constructiviste de notre époque, il y avait celle des temps passés, communiste, national-socialiste, social démocrate, néolibérale, social libéral, ecologiste, gaullienne, et celle de maintenant, de l’Europe. La particularité de cette langue, est qu’elle décrit un processus de construction, on bâti, un point c’est tout, quoi ? on ne sait pas, mais on bâti, c’est ce qui compte, et c’est tous ensemble. Prenez garde individualiste, n’interrompez pas cette grande marche vers le progrès unificateur et de masse. Le moteur de l’histoire, la loi qui anime le monde, ne mène nulle part, seul le moteur importe. Il faut un moteur, un élan pour mener le monde vers le paradis.
Totalitarisme moderne qui ne promet pas un paradis dont on donne moult détails, mais une idée floue où tout un chacun peut y projeter ses fantasmes. Du moment que l’on a un projet et que l’on construit, on finira bien par arriver quelques parts.



Et puis la langue de notre président a encore une fois fourchée, mais de façon étrange, mystérieuse, et aussi sinistre, il est certain qu’il ne l’a pas fait exprès, mais un psychanalyste y décèlerait un signe des plus inquiétants, de mauvaise augure ,en lieu et place de dire FESF, le Fonds européen de stabilité financière, nouvelle création politique ex nihilo, il a dit FSB, l’actuel service secret russe, anciennement KGB, anciennement NKVD, anciennement Gepeou.
Lapsus révélateur d’un certain état d’esprit.

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