lundi 6 juin 2011

Les spectres du libéralisme










Dans nos débats, nos discours, nos analyses sur la crise qui secoue nos économies, dans nos conclusions, nos remontrances, nos récriminations sur le capitalisme, sur l’ultra libéralisme qui, tel un cancer, aurait metastasé dans toutes les régions de nos sociétés, ils sont systématiquement et immanquablement cités, évoqués, mentionnés, et si on ne les nomme pas de manière explicite, ils sont toujours présents, jamais loin, tel des spectres qui rôdent aux frontières des observations et des examens que l’on peut lire et écouter, prêts à être saisis et jetés en pâture à nos bonnes consciences en mal de coupable idéal.


Je parle évidement de Thatcher et de Reagan, les hérauts de l'ultra libéralisme, de l’individualisme à outrance, du cynisme et de l'égoïsme, de l’argent roi et fou.


Ils sont le nouveau visage de Satan, une minute avant le déclenchement de la crise, on les croyait, à contre-coeur, surtout sous nos latitudes franchouillardes, les grands vainqueurs du socialisme, de la social-démocratie, du communisme, les pourfendeurs de l’État providence, les tueurs à gages des Droits sociaux qu’ils auraient dégommés, froidement et sans scrupules les uns après les autres, ils avaient gagnés, et inéluctablement, on ployait notre échine sous leur doctrine pour l'appliquer avec zèle. Mais voilà la crise est venue et nous a sauvé, on peut maintenant crier haut et fort “on l’avait dit que ça ne marcherait pas” et maintenant, des profondeurs de notre inconscient collectif où le socialisme fut refoulé, la rage et la révolte peur émerger et exiger un droit d’inventaire éthique, des comptes à rendre et de faire table rase de cette idéologie pour aller de l’avant et rebâtir une société plus juste.


Thatcher et Reagan votre heure est arrivé, vous avez perdue, adieu !On ne parlera plus jamais de vous.


En gros nous sommes libérés des entraves qui ralentissaient notre marche sur la voix du déni de réalité. On peut désormais se lâcher, s’émanciper, se libérer des chaînes de la raison, de la logique de ce monde, qui, tel qu’il perçu par nos sens, nous est insupportable. Thatcher et Reagan, avaient tenté de brider, avec le peu de moyens qu’on leur avaient donnés, notre course folle vers ce monde de l’irréel. Ils ne sont plus là.


Enfin à nous Dysneyland, la nouvelle cité de Dieu va pouvoir s’incarner sur terre.


On ne veut plus d’eux, mais ils sont encore là, très présents, très persistants. Dans nos pamphlets. Dans les articles de Journaux. A la téle, sur internet. Dans la bouche de nos hommes politiques, de nos penseurs, de nos sociologues, de nos économistes. Le monde des idées aurait vue son évolution s’arrêter et se cristalliser autour d’eux ? Sont-ils une référence indépassable ? N’as-t-on rien inventé depuis, en cette époque de progrés, de révolution, de lutte pour le mieux, de réflexion communautaire permanente ?


Malgré les années qui nous séparent d’eux, malgré les alternances gouvernementales, malgré les nouvelles modes, malgré de nouveaux penseurs, malgré une succession de nouveaux hommes politiques, de nouveaux ministres et de nouveaux présidents ils sont encore là, toujours là, éternellement présent, à nous scruter depuis les cieux. On n’arrive pas à se débarrasser d’eux, comme s’ils étaient encore au pouvoir à la veille de la crise, comme si les gouvernements qui avaient gouverné pendant cet intervalle de temps ( plus de vingt ans tout de même ! ) entre leurs mandatures et celles d’aujourd’hui n’avaient jamais vraiment existé.


A croire que l’on débat avec eux et qu’ils sont présents sur les plateaux télé. A croire qu’ils vont se présenter aux élections de la présidence française. On pourrait facilement se l’imaginer tellement les parties, jouant l’opposition, font front commun face au libéralisme mondialisé et au capitalisme débridé. Ils veulent nous défendre face à ce soit-disant héritage Thatchérien et Reaganien. Je ne m'attarderais pas dans cet article sur cet ultralibéralisme fantasmé qui aurait imposé sa loi impitoyable sur nos gentils Etat-providences, alors que ceux-ci n'ont pas cessé de s'engrosser durant les dernières années.


Revenons à nos deux démons. Ces deux spectres sont les opposants, les véritables opposants, les seules et véritables opposants à nos politiciens. Et pourtant ils brillent par leur absence.


Peu représentés, silencieux, absents physiquement, ils n’ont jamais été aussi vivant sur la scène, même qu’on ne parle pas d’eux, ils sont connotés, implicitement dénoncés. De véritables fantômes. Une ôde en négatif. On se défoule sur eux, on s’archarne sur eux, avec une violence inouïe, et ils en deviennent encore plus présents, plus consistants, plus véritables.


Et oui, le vrai débat, la seule contradiction qui prévaut, comme l’a si bien décrit Madelin, se joue entre les tenants du libéralisme et les défenseurs de l’Etat-Dieu. Entre la raison et l’occulte.

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