mercredi 15 juin 2011

La millénarisation des esprits













Ne sommes-nous pas fière de notre époque de progrès continu et en forfait illimité, qui ne connaîtra pas de fin tellement elle a pris de vitesse sur les rampes du progressisme total. Cette période se veut la digne héritière des Lumières d’antan ? Ces lumières astrales qui nous ont montré la voix du paradis sur terre. Où était-ce une multitude de lueurs provenant d’illuminés qui se croyaient Deux ex machina ? Aujourd’hui la science nous a offert la perspective de lendemain meilleur, elle nous gouverne et elle nous a sauvé de l’obscurantisme des âges passés et ténébreux.


Ce que nous affirmons est sans cesse et à tout moment marqué du sceau de la statistique, de l’expérimentalisme et du verificationisme. Les groupes d’experts ou les commissions tel des conciles de l'Église catholique, nous donnent leur avis sur tel ou tel sujet, et ils sont épaulés dans leur tâche sacré de nous dire quoi faire et quoi pas faire par les nouveaux serviteurs des temps modernes ; on peut citer la vaillante étude statistique, l’honnête expérience de laboratoire, l’implacable avis scientifiquement prouvé.


Parmi cette myriade de commissions, qui rayonnent tel une foisonnante bouffée de tentacules depuis ce léviathan qu’est l’État providence, une a cette particularité de pourchasser, devrais-je dire nous alerter sur les sectes millénaristes, dont les discours à l’approche de 2012 se font de plus en plus alarmiste. C'est la Millivude, au nom aussi énigmatique et ésotérique que les sectes qu'elles traquent.


Le millénarisme, croyance protéiforme qui n’a pas cessé de rebondir à travers les âges. Soyons claire sur elle ; interprétation de l’Apocalypse de Jean, condamné en 431 par le concile d'Ephese qui promet des temps futurs heureux et un combat final entre les forces du mal et du bien, bref de la graine d’inspiration révolutionnaire qui s’est dévoilé à travers les âges sous l’apparence des Flagellants, du Libre Esprit, du Taborisme, du jacobinisme, du socialisme, du communisme, du fascisme et de l’ecologisme.


La Millivude, cette commission, nous prévient des méfaits de ces sectes, mais ne devrait-elle pas ,pour être au paroxysme de son efficacité, nous alerter sur les dangers des millénarismes institutionnels ?


Je veux dire de ces groupes millénaristes qui officient ouvertement et qui bénéficient des subventions publiques.


Est-elle borgne pour ne voir que la face cachée de cette passion pour les temps nouveaux, toujours à venir et qui apporteront une félicitée joliment empaquetée ?


Ne voit-elle pas dans ces masses d’indignés qui se rassemblent et qui exigent un nouvel âge politique, un amas de millénaristes qui voit dans la crise les signes de l’Apocalypse et les futurs combats à venir ? Ne sont-ils pas les justes qui veulent épurer les vices de notre monde ? Mener cette lutte dont le final est sans cesse reporté.


L’écologie aujourd’hui porte le flambeau du millénarisme, mais avec une intelligence toute nouvelle, qui échappe à ces sectes old school. Elle nous promet l’apocalypse tantôt de l’ozone, tantôt du carbone, bientôt de la fin de la biodiversité. Les purs, les écolos vont nous protéger des impies, en rangs serrés tel des phalanges vertes, éoliennes dressées vers les cieux, panneaux solaires collés au corps.


Les politiques guettent toujours les signes de cet apocalypse qui leur promettra le statut si désiré de sauveur, ils épieront la crise économique pour nous réguler, donc combattre les marchés, véritable fourmilière satanique, ils profiteront de menaces étrangères, pour faire la guerre au mal, à son axe, aussi bien en dehors de nous qu’en nous.


La Halde, les associations de luttes anti-racistes, la haute autorité de santé, les groupes contre les violences de toute sorte, contre le sida et j’en passe, ces groupes millénaristes abondent dans notre société, pour sauver nos âmes, lutter contre le mal, nous débarrasser de nos impuretés, pénétrer nos esprits, pour fonder cette société si parfaite, à venir, toujours reportée, mais au seuil de notre existence. Elles luttent, elles luttent en ces temps d'apocalypse sociétal où il faut en finir avec les pêcheurs.


Tous en choeur ils nous préviennent et nous enjoignent à lutter, pour nos enfants....qui devront payer la dette contractée pour financer ces luttes bien coûteuses.


Oui, le millénarisme est préoccupant, il est parmi nous. Sous les oripeaux de la science il tente de charmer une fois de plus, encore une fois. Il profite de ce léger élan de rationalité qu’a connu nos sociétés pour emprunter son langage et nous piéger.

lundi 6 juin 2011

Les spectres du libéralisme










Dans nos débats, nos discours, nos analyses sur la crise qui secoue nos économies, dans nos conclusions, nos remontrances, nos récriminations sur le capitalisme, sur l’ultra libéralisme qui, tel un cancer, aurait metastasé dans toutes les régions de nos sociétés, ils sont systématiquement et immanquablement cités, évoqués, mentionnés, et si on ne les nomme pas de manière explicite, ils sont toujours présents, jamais loin, tel des spectres qui rôdent aux frontières des observations et des examens que l’on peut lire et écouter, prêts à être saisis et jetés en pâture à nos bonnes consciences en mal de coupable idéal.


Je parle évidement de Thatcher et de Reagan, les hérauts de l'ultra libéralisme, de l’individualisme à outrance, du cynisme et de l'égoïsme, de l’argent roi et fou.


Ils sont le nouveau visage de Satan, une minute avant le déclenchement de la crise, on les croyait, à contre-coeur, surtout sous nos latitudes franchouillardes, les grands vainqueurs du socialisme, de la social-démocratie, du communisme, les pourfendeurs de l’État providence, les tueurs à gages des Droits sociaux qu’ils auraient dégommés, froidement et sans scrupules les uns après les autres, ils avaient gagnés, et inéluctablement, on ployait notre échine sous leur doctrine pour l'appliquer avec zèle. Mais voilà la crise est venue et nous a sauvé, on peut maintenant crier haut et fort “on l’avait dit que ça ne marcherait pas” et maintenant, des profondeurs de notre inconscient collectif où le socialisme fut refoulé, la rage et la révolte peur émerger et exiger un droit d’inventaire éthique, des comptes à rendre et de faire table rase de cette idéologie pour aller de l’avant et rebâtir une société plus juste.


Thatcher et Reagan votre heure est arrivé, vous avez perdue, adieu !On ne parlera plus jamais de vous.


En gros nous sommes libérés des entraves qui ralentissaient notre marche sur la voix du déni de réalité. On peut désormais se lâcher, s’émanciper, se libérer des chaînes de la raison, de la logique de ce monde, qui, tel qu’il perçu par nos sens, nous est insupportable. Thatcher et Reagan, avaient tenté de brider, avec le peu de moyens qu’on leur avaient donnés, notre course folle vers ce monde de l’irréel. Ils ne sont plus là.


Enfin à nous Dysneyland, la nouvelle cité de Dieu va pouvoir s’incarner sur terre.


On ne veut plus d’eux, mais ils sont encore là, très présents, très persistants. Dans nos pamphlets. Dans les articles de Journaux. A la téle, sur internet. Dans la bouche de nos hommes politiques, de nos penseurs, de nos sociologues, de nos économistes. Le monde des idées aurait vue son évolution s’arrêter et se cristalliser autour d’eux ? Sont-ils une référence indépassable ? N’as-t-on rien inventé depuis, en cette époque de progrés, de révolution, de lutte pour le mieux, de réflexion communautaire permanente ?


Malgré les années qui nous séparent d’eux, malgré les alternances gouvernementales, malgré les nouvelles modes, malgré de nouveaux penseurs, malgré une succession de nouveaux hommes politiques, de nouveaux ministres et de nouveaux présidents ils sont encore là, toujours là, éternellement présent, à nous scruter depuis les cieux. On n’arrive pas à se débarrasser d’eux, comme s’ils étaient encore au pouvoir à la veille de la crise, comme si les gouvernements qui avaient gouverné pendant cet intervalle de temps ( plus de vingt ans tout de même ! ) entre leurs mandatures et celles d’aujourd’hui n’avaient jamais vraiment existé.


A croire que l’on débat avec eux et qu’ils sont présents sur les plateaux télé. A croire qu’ils vont se présenter aux élections de la présidence française. On pourrait facilement se l’imaginer tellement les parties, jouant l’opposition, font front commun face au libéralisme mondialisé et au capitalisme débridé. Ils veulent nous défendre face à ce soit-disant héritage Thatchérien et Reaganien. Je ne m'attarderais pas dans cet article sur cet ultralibéralisme fantasmé qui aurait imposé sa loi impitoyable sur nos gentils Etat-providences, alors que ceux-ci n'ont pas cessé de s'engrosser durant les dernières années.


Revenons à nos deux démons. Ces deux spectres sont les opposants, les véritables opposants, les seules et véritables opposants à nos politiciens. Et pourtant ils brillent par leur absence.


Peu représentés, silencieux, absents physiquement, ils n’ont jamais été aussi vivant sur la scène, même qu’on ne parle pas d’eux, ils sont connotés, implicitement dénoncés. De véritables fantômes. Une ôde en négatif. On se défoule sur eux, on s’archarne sur eux, avec une violence inouïe, et ils en deviennent encore plus présents, plus consistants, plus véritables.


Et oui, le vrai débat, la seule contradiction qui prévaut, comme l’a si bien décrit Madelin, se joue entre les tenants du libéralisme et les défenseurs de l’Etat-Dieu. Entre la raison et l’occulte.