jeudi 28 octobre 2010

Quel entrepreneur ce Jean Valjean





De Victor Hugo, aujourd’hui et en matière de pensées politiques, on retient l’homme qui s’enflammait pour les grandes causes, qui dénonçait les injustices sociales et qui s’était fait le porte parole des opprimés et des pauvres du 19e siècle que son oeuvre majeure, Les Misérables, met sur le devant de la scène comme premiers rôles.

Mais connaissez-vous Victor Hugo le spécialiste en théorie économique ? Aussi surprenant que cela puisse être, dans ce même ouvrage qu’est Les Misérables, il nous fait preuve en quelques lignes# d’un bon sens en matière d’économie que peu de socialistes ont aujourd’hui. Jean-Val Jean, le forçat, le symbole même de la victime du système, sous une fausse identité, celle de M. Madeleine, a remis sur pied l’économie de la région de Montreuil-sur-Mer.
Par une innovation dans l’imitation des jais anglais et des verroteries noires d’allemagne (je n’ai aucune idée de ce que c’est) il aurait “prodigieusement réduit les prix de la matière première, ce qui avait permis, premièrement, d’élever le prix de la main d’oeuvre, bienfait pour le pays ; deuxièmement, d’améliorer la fabrication, avantage pour le consommateur ; troisièmement, de vendre à meilleur marché tout en triplant le bénéfice, profit pour le manufacturier “. Voici une admirable analyse des bienfaits d’une innovation dans l’industrie ; réduction des coûts de production, ce qui dans certain cas augmente les salaires, baisse le prix de la marchandise et accroît les bénéfices. Cette limpidité dans l’explication nous fait penser à Bastiat.
Puis il ajoute que “l’auteur de ce procédé était devenu riche, ce qui est bien, et avait tout fait riche autour de lui, ce qui est mieux”. Quelle surprise, il réhabilite en quelques lignes la notion tant honnis du profit. Ce n’est pas un jeu à somme nul où les gains des uns se font aux dépends des autres, au contraire, le profit se répartit entre l’entrepreneur, ses employés et les consommateurs ; tout le monde est gagnant. On renoue avec ce credo comme quoi la recherche de l'intérêt personnel, dans le commerce, se conjugue avec celui de la recherche de l’intérêt général. Mieux encore, un peu plus loin, il explique que Jean-Valjean dispose d’un “mince capital” qui “au service d’un idée ingénieuse [..] avait tiré sa fortune et la fortune de tout ce pays “. Rien n’est oublié. L’exploitation d’une idée ne peut se faire sans un capital de départ, c’est-à -dire une somme d’argent que l’on a épargné. Au fond, ce n’est qu’une reformulation du principe du capitaliste entrepreneur, seul moteur de la prospérité. Les deux notions sont indissociables. Il faut un capital de départ et l’idée pour en tirer des fruits. Mais où va-t-on si Victor Hugo se fait le pédagogue du capitalisme ?
Il revient sans cesse sur les bienfaits que l’industrie de Jean Valjean a apporté sur la région où “le chômage et la misére” sont désormais “inconnus” alors qu’avant son arrivé “tout languissait dans le pays”.
Autre détail remarquable dans la description de ce processus, c’est que cette création de richesses n’est pas le fruit de forces impersonnelles et mécaniques, jaillies de nulle part et pouvant être paramétrées par un État tout puissant, dont l’auteur met souvent en lumière les failles à plusieurs reprises dans son oeuvre, mais celle de l’action et de la volonté d’un individu à part entière. D’ailleurs quand Jean-Valjean, alias M.Madeleine est démasqué par Javert et doit prendre la fuite “la prospérité de Montreuil-sur-mer disparut”.

Evidement Victor Hugo n’etait point un libéral, école qu’il considère “très respectable”# mais dont il ne partage pas toutes les vues. Sa position en fait, qu’il exprime plus loin dans l’oeuvre, serait d’un celle d’un Blairiste où l’esprit d’entreprise doit suivre son cours pour assurer la création de richesses mais dont une partie doit être redistribuée aux nécessiteux. L’utopie de la troisième voie. Cependant, en quelques lignes, il démontre son exceptionnelle acuité en théorie économique, ou tout simplement son bon sens, que peu d’écrivains et d'intellectuels ( et aucun syndicaliste) de notre époque semblent disposer dans leur bagage intellectuel.

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