mercredi 8 septembre 2010

L'Ethique de l'argumentation











L’une des plus grandes contributions de Hans-Hermann Hoppe à la pensée libérale fut celle de répondre à cette question majeure : pourquoi le droit de propriété privée serait-il la valeur morale ou éthique suprême aux fondements des lois de nos sociétés ?

En effet, plus d’un libérale s’est retrouvé, par exemple lors d’un débat avec un socialiste, poussé dans ses retranchements idéologiques et obligé d’expliquer pourquoi le droit de propriété privée devrait être la norme absolue qui régit nos vies. Réponse d’autant plus difficile qu’en notre ère où le relativisme est maître, affirmer des valeurs aux caractères absolus est très mal vu.

C’est par un angle d’attaque surprenant au premier abord que le philosophe d’origine allemande répond à ce questionnement crucial : il use d’un procédé développé par son compatriote Jurgen Habermas ; l'éthique de la discussion. Le principe est simple ; le fait de débattre, de discuter, d’argumenter avec quelqu’un implique, de façon implicite, la reconnaissance de normes morales ou éthiques valables pour les deux interlocuteurs. Sans la reconnaissance au moins implicite de ces normes le débat ne pourrait avoir lieu. En d’autres termes elles sont nécessaires à son existence.

Quelles sont ces normes ?

Tout débat, toute argumentation entre deux personnes, et cela concerne aussi bien la triviale discussion de comptoir au PMU que la dissertation philosophique entre normaliens, nécessite que l’on se mette d’accord à minima sur un point ; le fait que l’on ne puisse pas être d’accord. Il est possible que les deux interlocuteurs ne puissent se mettre d’accord sur aucun point de la discussion, à l'exception de celui qu’ils ne sont pas d’accord. Cela paraît extrêmement tautologique. Mais cette reconnaissance de ce fait implique que chacun peut émettre les opinions qu’il désire et que l’outil qui assure l’expression de ses idées, c’est-à-dire son système nerveux central, ses cordes vocales, sa bouche, en somme tout son corps, lui appartienne. Il en a un contrôle exclusif.

D’ailleurs si on débat avec quelqu’un c’est que l’on veut, par l’argumentation et non par la force, changer ses idées, et en conséquence ses actions, car la production d’idée est une action comme une autre. Ainsi on veut le convaincre d’agir autrement. Convaincre quelqu’un d’agir autrement par l’argumentation, c’est reconnaître que c’est lui qui contrôle son corps et non vous, et qu’il modifiera ses actions uniquement s’il adhère volontairement à vos idées. Le terme volontaire renvoie de nouveau à cette notion de contrôle exclusif de son propre corps. Il est donc propriétaire de son corps et non vous, ainsi si vous discutez avec lui vous lui reconnaissez au moins cela.

Donc quand je débat, j’affirme que je suis propriétaire de mon corps et que mon interlocuteur est aussi propriétaire du sien. Il serait alors absurde de débattre de la possibilité ou non d’être propriétaire de son corps car rien que le fait de débattre implique d’être propriétaire de son corps.

Étant propriétaire de son corps, par extension et en suivant la logique Lockéene de la propriété privée, on est propriétaire de ce que l’on s’approprie en premier (à l’etat de nature), de ce que l’on produit ou de ce que l’on reçoit dans le cadre d’un échange volontaire. Et nous voilà sur les rails de la philosophie libérale, du libre échange et plus largement du principe de non-agression.

Mais pourquoi justifier le droit de propriété privée par le débat ou l’argumentation ? Après tout, nous ne sommes pas forcés de débattre pour régler nos différents, la force est une alternative très loin d’être impensable pour solutionner nos litiges. Et justement c’est sur ce point précis de l’alternative débat/force que repose cette réflexion. Ce qui distingue l’homme de l’animal quand aux règlements des conflits, par exemple avec l’appropriation de la nourriture, est que les hommes peuvent s’engager dans une discussion pour trouver une solution. Discussion qui use de la raison et de la logique qui sont le propre de l’homme et non des animaux. Évidement je ne prétends pas que les hommes sont guidés par une sagesse infaillible qui les affranchissent de tout conflit, au contraire l’Histoire nous démontre l’inverse par ses innombrables guerres. Beaucoup d’hommes se fichent éperdument d’autrui et usent souvent de la violence quand cela les arrange, et pour ma part cela ne m'empêchera pas après n’importe quelle discussion où je reconnais implicitement la propriété privée de mon interlocuteur sur son corps et ses biens de la violer l’instant d'après.

Mais du moment où deux hommes se lancent dans un débat ils affirment, on pourrait dire malgré eux, la norme de la propriété privée.

Et de plus c’est par la raison et la logique que nous pouvons trouver un moyen d’établir des normes objectives pour réduire les conflits à leur portion la plus congrue, c’est à dire dans les cas de légitime défense. Et c’est ce que Hans-Hermman Hoppe a tenté de faire au travers de cette démonstration par le débat/argumentation/discussion, moyens exclusifs que les hommes ont de communiqué pacifiquement entre eux, qui impliquent de facto la reconnaissance de la propriété privée comme norme morale.

Ainsi un socialiste est pris dans un piège contradictoire quand il tente de réfuter la propriété privée par l’argumentation. Car en argumentant contre la propriété privée il valide l’existence de la propriété privée qui est une condition sine qua non de l’argumentation. On comprend mieux pourquoi aujourd’hui et par le passé devant les incohérences de leur idéologie les socialistes de tout poil n’ont pas trouvé, pour arriver à leur fin, d’autres alternatives au débat, à la discussion ou à l’argumentation que l’usage de la force.







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