dimanche 4 juillet 2010

Le culte de la déesse Croissance














Oh Croissance pourquoi nous as-tu quitté ? Oh divinité à la grande générosité pourquoi nous as-tu si soudainement abandonné aux griffes du démon Crise. Notre dieu État, sans toi Croissance, est affaibli à jamais, et il a besoin de toi pour guérir.


Les prêtres de ce puissant Dieu État nous sermonnent sans relâche sur notre comportement indigne qui t'a courroucé et fait fuir, oh toi Croissance. Ils nous accusent que des traîtres parmi nous ont été inspiré par un génie au terrible nom de Libéralisme. Libéralisme aime à causer le désordre en propageant des idées séditieuses telles que liberté, individualisme, spéculation et profit.


Mais gardons espoir ! La rédemption est possible. Croissance nous attendons ton retour.


Nos sacrificateurs d’État, ces prêtres à la sagesse infinie, guidés par les conseils des astrologues Keynésiens qui eux seuls savent lire dans les prix du marché tes injonctions, oh toi Croissance , peuvent nous ouvrir les voies de cette rédemption.


Ils nous disent que toi Croissance, en divinité capricieuse, qui sait se faire respecter et désirer, réclame, pour revenir parmi nous, ton dû en sacrifices. Ton prix est élevé, très élevé, mais nous sommes prêts à le payer. Il faudra consommer, consommer, consommer sans relâche, jusqu’à même épuiser Capital, qui n’est que le protecteur des vils rentiers qui ont causé notre ruine. Accumuler et épargner te font fuir Croissance, ces actes ne sont que le fruit d’un profond désintérêt pour autrui, c'est la manifestation la plus abouti de l'égoïsme.


Nous suivrons désormais tes préceptes à la lettre:


- Epargner tu renieras et consommer tu feras. Consommation est ta sœur la plus fidèle, oh toi Croissance.


- Tu te disciplineras aux injonctions des prêtres du Dieu État, qui dans leur grande magnanimité, exigeront de toi de travailler plus longtemps, parfois en gagnant moins, et si cela s'avère nécessaire ils te diront quoi faire, où et comment.


- Tu chasseras l’étranger et ses richesses qui sont impures et injustement produites.


- Tu croiras sans faillir dans ton système social si miséricordieux.


- Tu considéras le déficit et les dépenses comme source de richesses et la rigueur comme source de tous les malheurs.


Ainsi sont les préceptes que nous enseignent les serviteur du Dieu État.


Il faut avoir foi en eux, leurs prévisions sont infaillibles, et ainsi, toi croissance, tu reviendras.


Leur plan de relance, ce grand rituel collectif, où l’on verra s'élever de grands temples auX magnifiques noms de projets Publics, attira de nouveau ton attention, déesse Croissance, qui alors émue par cette myriade d’offrandes collectives reviendra ardemment nous protéger en ton sein, comme une mère avec son enfant.


Croissance, ta générosité égale ton implacabilité.


Mais les voies du salut sont semées d’embûches.


Il ne faudra pas prêter attention aux blasphémateurs qui diront que toi Croissance, tu n’est point une déesse mais que le simple produit de notre labeur, de notre volonté et de nos choix en homme libre.


Que tu es partie car la façon dont nous créons des richesses n’est plus suffisante, que nous consommons plus que nous produisons, que la structure de notre économie n’est plus adaptée à la réalité.


Que certain de nos projets, aussi bien publics que privés, se sont soudainement révélés inutiles et en conséquence toi Croissance tu as chuté.


Que le démon Crise n’est qu’un messager soucieux de nous ramener à la réalité par ses simples mots: “Tu est en crise car tu consommes plus que ce que tu crées, et parfois même ce que tu crées se révèle être inutile et ne réponds en rien au besoin de tous”.


Pire le démon Crise, vile et perfide créature, nous enjoint à écouter de nouveau les conseils du fourbe génie Libéralisme et de se détourner des imprécations des serviteurs du Dieu État qui bientôt seront ses prochaines victimes.


Oh! Croissance ne nous abandonne pas.